ÉCOLE
DES MIRACLES
OU LES
ŒUVRES DU LA PUISSANCE ET DE LA GRACE DE JÉSUS-CHRIST,
FILS DE DIEU ET SAUVEUR DU MONDE
1857
Par le P. VENTURA de RAULICA
Homélie
La Pêche miraculeuse,
ou
LA CATHOLICITÉ ET L'APOSTOLICITÉ DE L’ÉGLISE
Par le P. VENTURA de RAULICA
(Matth. IV; Marc, I; Luc. V; Joan. XXI.)
Omnis plantatio, quam non plantavit Pater, eradicabitur.
(Évangile de ce jour, fer. IV post Dom. III. MATTH. XV.)
Par le P. VENTURA de RAULICA
Il ne faut pas oublier que le célèbre prédicateur prêchait dans la basilique du Vatican, par conséquent sous les yeux du Vicaire de Jésus-Christ, de l'Église même. Le lecteur a déjà compris de quelle autorité sont revêtues les vérités qu'il proclame si éloquemment. Que ces prédicateurs prudents, si réservés, quand il s'agit d'annoncer aux fidèles les privilèges et les gloires de Pierre et de l'Église, ne l'oublient jamais ! Le Père Ventura, dans les discours qui suivent et qui sont peut-être les plus beaux qu'il ait jamais prononcés, nous donne un admirable modèle d'exposition des vérités sur l'Église catholique. Puisse-t-il trouver beaucoup d'imitateurs! Qu'on nous permette de le dire: l'ignorance de ces vérités, occasionnée par une prudence toute humaine, a fait un mal immense. On le verra dans ces discours : les Pères de l'Église n'ont plus été nos modèles; nous avons cru devoir être plus sages que ces grands savants, sinon en laissant la lumière sous le boisseau, du moins en évitant de la présenter au peuple chrétien dans toute sa clarté, afin de ne pas éblouir des yeux habitués aux ténèbres! Et la parole de Dieu, devenue la nôtre seulement, a perdu sa divine efficacité pour devenir un airain, retentissant, plus ou moins au gré des mondains.
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Quelles sont ces plantes malheureuses, incapables de prendre racine en ce monde, si le Père céleste ne les cultive lui-même, parce qu'une main sans pitié les arrache, à mesure qu'elles croissent, jusqu'à la dernière racine? Les Pères nous apprennent que ce sont les sectes diverses qui n'ont pas la vraie religion pour base, et dont les maîtres et les disciples, oubliant le ciel, ont le cœur et l'esprit attachés à la terre[1].
Ainsi les systèmes absurdes des philosophes, les folles superstitions des Juifs, en un mot ces doctrines orgueilleuses, contraires à la vérité, à la justice, à Dieu lui-même, n'ont, d'après les propres paroles de Jésus-Christ, qu'une existence précaire et rapide, et leur destin est d'être, tôt ou tard, arrachées de la terre c'est-à-dire de disparaître avec les insensés ou les perfides qui les pratiquent ou les publient[2].
Il n'y a que cet arbre majestueux, né d'un humble germe, l'arbre de la doctrine catholique, de l'Église romaine, qui ne se plie et ne se brise jamais, quoiqu'il soit continuellement battu par la tempête ; il devient même, ce semble, plus fort, plus solide à mesure que se multiplient les orages ; il croîtra enfin jusqu'à étendre ses branches dans tout l'univers et à couvrir le monde sous son ombre pacifique.
Mais comment cela? Ne sont-ce pas aussi des hommes! Ne sont-ce pas les apôtres qui ont implanté et cette doctrine et cette Église? Ne l'ont-ils pas arrosée de leurs sueurs et de leur sang[3] ? Comment cet arbre peut-il aspirer à l'immortalité, qui est promise uniquement aux plantations de Dieu? Pour comprendre qu'il en est ainsi, rappelons ce que l'apôtre ajoute dans le même endroit : c'est Dieu qui, en bénissant les fatigues des apôtres, a donné à leurs œuvres et à leur zèle l'accroissement et le fruit obtenus; ils n'ont travaillé qu'en qualité de coopérateurs de Dieu. Quoique, dans un sens, l'Église catholique ait été établie par les apôtres, en réalité c'est le Père céleste qui plante cette vigne chérie; c'est pourquoi le même apôtre appelle les vrais catholiques les rejetons, la gloire de la culture, l'édifice de Dieu. Loin donc que l'Église ait à craindre d'être déracinée, parce qu'elle a été plantée par la main des apôtres, c'est précisément parce que ce sont les apôtres, fidèles ministres de Dieu, qui l'ont plantée dans l'univers, qu'elle vivra éternellement; précisément parce qu'elle est apostolique et universelle, elle est la plante de Dieu, l'Église de Dieu.
Le divin Maître a voulu aussi nous inculquer cette grande vérité par le prodige de la pêche miraculeuse, que nous avons précédemment exposée dans son sens historique et littéral, et que nous allons expliquer ici dans son sens mystérieux et allégorique. Voyons donc, en reprenant cette admirable histoire, comment l’universalité et l’apostolicité sont encore les caractères essentiels de la vraie Église, et prouvons en même temps qu'ils ne conviennent qu'à l'Église romaine. Ce sujet, si important pour l'instruction de nos esprits, est bien doux pour nos cœurs; car qu'y a-t-il de plus doux, de plus cher à des enfants fidèles, que de rappeler à la pensée et de proclamer par la parole les privilèges, les grandeurs et les gloires de leur Mère?
PREMIÈRE PARTIE
Lorsque notre divin Maître, assis sur la barque de Pierre, eut fini de parler au peuple de Galilée, qui l'écoutait du rivage, il dit à Pierre : « Dirige ta barque sur la haute mer, où tous déployez et jetez vos filets » Dans le sens qu'il s'agit d’approfondir, ces paroles signifient que le Sauveur, après sa passion, devait cesser de parler au peuple par lui-même, mais qu'il chargerait ses apôtres de l'exercice de ce ministère par tout le monde, en leur disant : « Allez dans le monde entier prêcher l'Évangile à toute créature[4]. »
Mais la barque de Pierre, comme nous l'avons vu, c'est l'Église. Or, en considérant le langage du divin Maître, qui, après avoir parlé au peuple, commande à Pierre de diriger sa barque sur la haute mer, il est aisé de voir clairement exprimé le mystère de justice et de miséricorde qui allait sous peu s'accomplir. En effet, après que Jésus-Christ, assis sur la barque, c'est-à-dire dans la primitive Église formée par le zèle et sous la présidence de Pierre, eut prêché aux Juifs, il ordonna au même apôtre de pousser sa barque vers la haute mer, c'est-à-dire vers les Gentils.
C'en est donc fait, Jérusalem, ô malheureuse cité! Le pécheur qui quitte les rivages de Galilée et prend le large avec Jésus-Christ et ses compagnons, avec les filets seuls efficaces pour une pêche miraculeuse, c'est Pierre : sous peu, il te quittera pour ne plus te revoir, et, en partant, il te ravira, t'enlèvera, pour le faire prospérer aux rives étrangères, le royaume de Dieu, la vraie Église, que tu persécuteras d'ailleurs, loin de l'accueillir avec amour et reconnaissance. Mais, ô Pierre ! Où conduis-tu ta nacelle, qui porte le Fils de Dieu, avec ses trésors de grâce et de salut? En avant, en avant ; tel est le commandement qu'il a reçu de Jésus- Christ : Duc in altum. Oh ! Barque céleste, heureux le rivage où elle aborde! Heureux le port qui lui offre un asile ! Heureux le peuple qui l'accueille ! Mais quel est ce port, quel est ce rivage, quel est ce peuple? Ô saint pilote! Et vous ses pieux rameurs, ô Esprit- Saint qui gonflez ses voiles, ô souffle d'Orient! Douce brise de la divine miséricorde, ah! Dirigez, poussez cette précieuse et fortunée nacelle vers l'Italie au ciel bleu! Nous sommes tout disposés à la recevoir au milieu de nos acclamations et de nos cris de bonheur !
Oh! Touchant mystère! Oh! Suaves souvenirs! Rome païenne était vraiment la cité superbe, non moins par la grandeur, les richesses, la force de son empire, que par son orgueil sans bornes ; Rome était en même temps la ville dégradée, non moins par la profondeur de sa corruption, que par le nombre infini de ses vices ; c'était une mer sans rivages, sans bornes; un océan déroulé, sans fond, sans cesse agité, soulevé par la licence ou par l'ambition ; tel est l'abîme sur lequel Jésus-Christ ordonne à Pierre de lancer sa barque: Duc in altum. C’est-à-dire de transporter la vraie Église loin de Jérusalem. Ô Rome! Considère attentivement, dans un esprit d'humilité, l'histoire de la mer de Tibériade ! Applaudis avec amour et reconnaissance au fait prodigieux par lequel fut fixé ton destin et furent prédites ta félicité et ta gloire nouvelle ! Reconnais le mystère de ton élévation dans Pierre tournant vers toi sa proue, s aventurant sur tes eaux orageuses, loin de la Judée ; il vient t'orner de ses vertus, de ses privilèges et de sa sublime dignité ; il vient établir au milieu de tes palais le centre de la vraie Église, la Chaire éternelle, et t'enrichir d'une pêche aussi abondante que variée, qui durera jusqu'à la fin du monde !
Et vous, ô peuples de l'univers! Rassurez-vous; ne craignez point que Pierre, en franchissant les hauteurs de Borne, oublie vos rivages; n'ayez aucune crainte d'être privés pour toujours des richesses divines qu'il porte dans sa barque avec Jésus-Christ. Oh ! Non, vous ne serez ni oubliés, ni abandonnés. Ouvrez, vous aussi, vos cœurs à l'espérance: Rome est la cité reine, la cité qui a l'empire terrestre du monde; c'est pourquoi Jésus-Christ a envoyé ses deux princes, Pierre et Paul, pour y établir son royaume céleste[5]. Le divin pilote, par ces paroles générales : « Avance en pleine mer », sans désignation spéciale, a montré qu'en envoyant son apôtre à Rome, il ne l'envoyait pas seulement à un peuple, mais à tous les peuples, à une ville, mais à toutes les cités, et il figura par là le caractère de la catholicité ou de l'universalité essentiel à son Église.
Notre divin Sauveur a symbolisé le même mystère par le mode prescrit pour la pêche miraculeuse dont nous parlons. Dans celle qui se fit, selon ses ordres, après sa résurrection, il leur commanda seulement de jeter leurs filets à droite de la barque[6]; mais aujourd'hui il ne désigne aucun lieu particulier. Que les disciples jettent les filets d'un côté ou d'un autre, où il leur plaira, peu importe ; ils prendront toujours du poisson. Tous les points de la mer seront également favorables; la pêche sera partout abondante et heureuse, parce qu'elle est faite en son nom et par ses ordres. Par là encore Jésus-Christ n'assigne donc que les limites de l'univers pour limites à la prédication future des apôtres; il leur donne le monde entier à convertir, et imprime ainsi à son Église un caractère tout particulier : la catholicité ou l’universalité.
J'ai dit un caractère tout particulier ; car il ne convient à aucune autre société religieuse, quelque nombreuse qu'elle soit; il ne se rencontre que dans l'Église romaine, appelée catholique par ses ennemis eux-mêmes. Cela est clair : notre doctrine seule, d'abord, et notre seul culte sont universels. Les religions séparées, si toutefois il est permis de donner ce nom auguste au fruit monstrueux du délire, de l'orgueil et de la corruption humaine; les autres religions (l'idolâtrie, le mahométisme, le schisme grec, le protestantisme anglais et allemand), lors même qu'elles seraient mille fois plus répandues qu'elles ne le sont qu'elles seraient étendues à tout l'univers, ne seront jamais des religions universelles, mais de simples institutions dépendantes du lieu où elles reçurent le jour, des hommes qui les inventèrent, et des constitutions politiques qui les maintiennent. Elles seront toujours les religions d'un certain peuple pour un certain temps, au profit de certains préjugés, de certains intérêts et de certaines passions. Elles seront toujours, comme elles le sont eu effet, des religions particulières et privées. Il n'est donné à nul pouvoir humain, si grand qu'il soit, de fonder des institutions propres à tous les hommes. Il n'est donné à aucune créature d'inventer un ensemble de dogmes, de lois et de cérémonies du culte en harmonie avec l'universalité des êtres, pas plus qu'il ne lui est possible de les faire adopter au monde entier. L'erreur, née avec le temps, est nécessairement bornée par le temps et l'espace; la vérité seule, qui est éternelle est universelle. La religion catholique, partout la seule qui a pour auteur l'Homme-Dieu, le Créateur, le maître, le monarque de tous les hommes, est l'institution propre de toute l'humanité. Elle seule s'adapte aux climats de tous les pays, au génie de toutes les nations, au degré de civilisation de tous les peuples, aux formes politiques de tous les Etats. Elle seule, parce qu'elle est descendue du ciel, peut embrasser, embrasse réellement dans son sein toute la terre. Elle seule, indépendante des circonstances de temps et de lieu, est pour tous les lieux et pour tous les temps. Ses dogmes, ses lois, son culte, magnifique révélation des attributs de Dieu, de la nature et de la condition de l'homme ; expression fidèle des rapports naturels, nécessaires, immuables et éternels entre le créateur et sa créature, sont seuls propres à satisfaire tous les besoins, à secourir toutes les misères et à contenter tous les instincts légitimes de l'humanité. Elle n'est point dite catholique, parce qu'elle se trouve répandue partout, mais elle se trouve partout, précisément parce qu'elle est, par elle-même, catholique et universelle. L'universalité n'est point pour elle une condition accidentelle, passagère, accessoire; mais elle est sa nature, son essence, son principe, ce qui la constitue. Quand elle ne serait connue, pratiquée que dans un coin de la terre, dans une petite cité, dans une obscure famille, elle n'en serait pas -moins la religion de tous les siècles et de tous les peuples. Il ne faut que la foi pour la connaître, que l'obéissance pour la pratiquer. Et quel peuple, quel homme, quel que soit son âge, son sexe, sa condition, n'est capable de croire et d'obéir? Aussi règne-t-elle seule dans l'univers. Les nations les plus policées de l'Europe[7], comme les contrées les plus barbares de l'Océanie, sont soumises à son empire. La seule barque privilégiée de Pierre aborde, prend terre partout; partout elle séjourne, partout elle se charge d'une pêche miraculeuse. Le successeur de Pierre seul a des sujets dans tout l'univers; il peut faire entendre la parole de vie dans les îles les plus éloignées, dans les contrées les plus inhospitalières et jusqu'aux extrémités de la terre. Sa monarchie spirituelle et sa juridiction sont sans bornes, parce que Jésus-Christ n'a pas assigné de limites à Pierre, aux pêcheurs de la mer de Tibériade, dont il leur a abandonné, au contraire, toute la surface, et par là, je le répète, l'univers entier, pour y prendre des poissons de toutes qualités et de toutes grandeurs : « Va en avant, et jetez vos filets pour prendre du poisson : Duc in altum, et laxate retia in capturam piscium. »
Quand le Sauveur eut prononcé ces paroles, Pierre reprit aussitôt : « Mais, Seigneur, mes compagnons et moi nous avons péché toute la nuit dans cette même mer sans rien prendre. » Cette déclaration de Pierre est, selon Bède, la figure de l'inutilité des efforts tentés par les savants et les sages pour attirer les hommes à Dieu durant la nuit séculaire qui précéda la venue de Jésus-Christ[8]. De sorte que la pêche abondante qui suivit l'obéissance des disciples au commandement de Jésus, est la figure de l'éclatant miracle opéré par les apôtres, substitués aux anciens docteurs, quand ils prêchèrent et convertirent en peu de temps une si grande multitude de peuples[9] au soleil de la résurrection, au nom du Crucifié du Calvaire.
Déjà Jérémie avait annoncé ce grand prodige en des termes très-clairs, quand il prophétisait : «Voici ce que dit le Seigneur : Un jour viendra où j'enverrai une troupe de pêcheurs, qui pécheront les hommes ; où j'enverrai une troupe de chasseurs, qui les chasseront sur toutes les montagnes, sur toutes les collines et sur tous les rochers[10].»
Cependant la surprise de Pierre et de ses compagnons fut extrême, à la vue de la fécondité soudaine de cette mer rebelle, toute une nuit, à leurs efforts, à la vue, dis-je, de l'abondance de poissons qu'ils avaient pris[11]. Mais combien est plus étonnant le prodige figuré par cette pêche! Quoi! Des hommes si pauvres, si ignorants et si grossiers ont pu confondre la sagesse du siècle, triompher de l'orgueilleuse philosophie païenne, convertir un monde si dépourvu de vérités et de vertus, et enfin capturer tant de peuples à l'aide des filets de la vraie foi, pour la barque de la vraie Église ! Et tout cela sur la parole et au nom seul de Jésus-Christ ; c'est-à-dire, eu prêchant Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, le scandale des Juifs, la folie et l'opprobre des Gentils[12] !
Que l'économie de la Providence est admirable, dit saint Augustin ! Jésus-Christ, afin de briser l'orgueil des sages du siècle, ne se sert point des éloquents pour triompher des pécheurs, mais de ceux-ci pour vaincre ceux-là, et avec eux les rois et les empereurs[13]. Cyprien fut certainement un grand philosophe et un grand orateur, et cependant il a, lui aussi, courbé le front devant Pierre le pécheur[14].
Voyez, continue le même Docteur de la grâce, la sagesse de Dieu dans ce choix des pêcheurs pour accomplir son œuvre et changer la face du monde! Cet artisan obscur n'emploie pas la violence, dans son labeur ; il jette son filet à la mer et il tire à lui les poissons qui s'y prennent volontairement. Or, Dieu l'a choisi pour convertir la terre, afin que, dans cette condition nouvelle, il se comportât de la même manière, et qu'en changeant de profession, il ne changeât pas de conduite. C'est ce qui arriva : les apôtres ne contraignirent personne à embrasser le christianisme ; ils ne violentèrent aucun homme. Tant de peuples divers ne se trouvèrent réunis dans la même Église que parce qu'ils vinrent librement se précipiter dans les filets de la prédication apostolique. La parole, voilà l'arme des convertisseurs, et non l'épée; il n'y eut point de menaces, mais d'aimables invitations ; la ruse n'y eut aucune part, la vérité seule fut montrée aux yeux des peuples[15].
Mais ce miracle (digne de l'étonnement des deux) de la propagation rapide de l'Église, sans l'emploi ni de la séduction, ni de la fraude, ni de la violence, ni d'aucun des moyens qui attirent ou assujettissent le monde; ce miracle, dis-je, est lié, par une merveilleuse dépendance, au caractère de la catholicité de l'Église.
Il faut que tous se plient à admettre une religion qui se présente, se déclare et se prouve instituée pour le bien de tous; car l'efficacité d'une religion est la preuve de la catholicité de sa nature. Ainsi, parmi toutes les communions chrétiennes, celle-là seule sera vraiment catholique et universelle, qui, lorsqu'elle est libre dans son action, se propage et s'étend avec facilité, en dépit de toutes les passions. Or, cette merveilleuse efficacité, ce pouvoir surhumain de dominer les esprits et d'attirer les cœurs se trouve dans la seule Église romaine.
Les instruments qui servirent dans cette pêche des hommes ne pouvaient, par leur nature, s'user avec l'usage ni vieillir avec le temps. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas été fabriqués par l'art de l'homme, mais par la grâce de Dieu[16]. Les apôtres ont reçu du divin Maître des filets que le temps ne consume point, des cannes que la vermoulure n'attaque jamais, des hameçons que la rouille n'atteint pas. Ils se sont assis sur une pierre inébranlable que les flots heurtent vainement ; ils se sont embarqués sur une nacelle qui affronte, sans crainte de se briser, et les vagues et les tempêtes[17]. Mais où trouver, depuis les apôtres, ces instruments qui ne s'usent pas, ce roc qui n'est jamais ébranlé, cette barque qui se rit du naufrage? Ah ! Cette barque c'est l'Église, et ce rocher c'est Pierre; car c'est à Pierre qu'il a été dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église ; » et ces instruments précieux, c'est la prédication catholique, filet divin dont l'Église a hérité des apôtres et qu'elle jette toujours sur cette même mer du monde, et toujours avec le même succès.
C'est pourquoi le miracle annoncé en figure sur la mer de Génésareth, accompli en partie dans les contrées de la Judée, se continue, s'achève à mesure dans l'univers, par l'Église. Les pêcheurs, dit Bède, sont encore les docteurs, les prédicateurs de l'Église, ceux qui prennent les hommes dans les filets de la foi et les conduisent comme au rivage, à la terre des vivants, dans le ciel[18]. Maintenant encore, chaque jour, se jette dans la mer du siècle le divin filet de l'Évangile. Chaque jour Jésus-Christ renouvelle le miracle de la pêche, en remplissant le ret céleste par la conversion, par le salut des âmes gisant au fond de l'Océan, c'est-à-dire dans le gouffre du vice et de l'erreur[19].
Or, c'est Pierre qui fait principalement cette pêche dans l'Église[20]. Du jour où, par sa prédication à Jérusalem, il convertit huit mille personnes dans deux sermons; du jour où, sur Tordre du ciel, il attira, par le filet de la foi, dans la barque de L'Église, comme prémices des Gentils, le centurion Corneille; de cet instant, dis-je, où commença, par de si heureux auspices, la noble pêche des urnes, Pierre n'a jamais cessé de pêcher dans la personne de ses successeurs. En effet, le Souverain Pontife est encore aujourd'hui celui à qui il a été dit, comme autrefois à Pierre ; Tu es pêcheur d'hommes. C'est donc au Souverain Pontife qu'il appartient de convertir les âmes ; aussi est-ce lui qui, dans l'Église, jusqu'à présent, en personne ou par ses légats, les évêques, les prêtres, les missionnaires qu'il envoie par toute la terre, convertit les infidèles et les hérétiques, tout comme les premiers Pontifes convertirent d'abord Rome, puis envoyèrent convertir les autres peuples[21].
Mais, hors de l'Église, qu'est-ce que la prédication? Le schisme, convaincu de son impuissance, y a renoncé. À-t-on jamais entendu parler de missionnaires schismatiques qui aient quitté, par exemple, la Grèce pour s'en aller convertir les contrées idolâtres ? Le schisme ne cherche qu'à faire des prosélytes parmi les catholiques qui l'entourent, sans s'inquiéter des infidèles éloignés. Quant à l'hérésie protestante, elle a entrepris, pour contrefaire Rome, d'envoyer, elle aussi, de prétendus missionnaires dans le monde. Mais des missionnaires de comédie ne font que des conversions de théâtre. Quelques idolâtres, séduits de loin en loin par l'appât de l'or, par l'espérance d'une existence moins misérable, ou intimidés par la crainte des mauvais traitements, se laissent baptiser et appeler chrétiens sans contracter l'obligation de pratiquer le christianisme : voilà à quoi se réduisent les succès des missions des Sociétés bibliques, des Anglicans, des Évangélistes, des Quakers et des Méthodistes. Il y a plus d'un siècle que ces sacrilèges profanateurs du plus auguste ministère sont répandus en Asie, en Afrique, dans l'Amérique, Eh bien ! Où est, je ne dis pas l'empire, le royaume, la province, mais la ville, la bourgade dont on puisse dire que d'idolâtre elle est devenue vraiment chrétienne? Et, tandis que la vraie Église, de nos jours même, peut montrer, avec une sainte fierté, et les villes, et les provinces, et les royaumes que ses envoyés attirent encore à l'Évangile, qu'ils transforment en chrétientés qui, par la sainteté de la vie, par la constance et par la générosité de la foi, par la ferveur de la piété, rappellent le premier âge du christianisme; l'hérésie est forcée de rougir et de gémir en secret sur la stérilité de ses efforts et sur les misères de ses conquêtes. Et cependant ces missionnaires par le nom seul, se présentent entourés de luxe, de richesses, de force matérielle, sous le patronage puissant d'une grande autorité ; tandis que les envoyés de l'Église catholique n'ont d'autres richesses que leurs vertus, d'autres subsides que leur zèle, d'autre force que leur confiance en Dieu, d'autres protections que le nom du Seigneur[22].
Ah! C’est qu'il n'est point donné à l'hérésie de persuader le cœur. La divinité de Jésus-Christ, par exemple, est une vérité que beaucoup d'hérétiques paraissent croire encore et qu'ils semblent vouloir prêcher à autrui. Mais cette vérité, comme toutes celles du christianisme, perd, en passant par leur bouche, toute son efficacité, toute sa grâce; semblable au démon, dont elle a l'esprit pervers, l'hérésie ne peut que précipiter d'un mal moindre dans un mal plus grand ; elle ne saurait élever ses adhérents d'un état bon à un meilleur, à une condition parfaite. Elle réussit parfaitement à détruire, à pervertir et à corrompre ; elle ne sut jamais ni convertir, ni édifier, ni sanctifier. On l'a vue souvent attirer à elle quelques mauvais catholiques sans foi et sans mœurs et en faire de très-mauvais protestants ; mais on n'a jamais vu qu'elle ait gagné un seul infidèle pour en faire un fervent chrétien.
Pourquoi ne le dirais-je pas ? Les missionnaires hérétiques, privés de la lumière de la foi, travaillent dans cette nuit où personne ne peut opérer ni son salut, ni celui d'autrui[23], et où, par conséquent, Ton pêche toujours sans rien prendre[24]. Ils se servent d'engins usés, propres plutôt à mettre en fuite le poisson qu'à le prendre. Ils s'appuient sur l'autorité du jugement privé, origine de toutes les erreurs, écueil de toutes les vérités. Us ne jettent pas leurs filets de la barque de Pierre, mais de la barque de Photius, ou de Luther, ou de Calvin, ou d'Henri VIII, où Jésus-Christ n'est pas ni ne peut être. Et cela au nom des gouvernements temporels, des trafiquants et des spéculateurs qui les envoient ; et cela, plus dans l'intérêt de la politique et de la cupidité, que dans celui de la religion et de la charité. En un mot, ils n'opèrent pas au nom de Jésus-Christ, mais bien au nom de Satan : est-il donc étonnant qu'ils ne pèchent qu'à l'avantage du démon?
Les missionnaires de l'Église catholique, les envoyés du Souverain Pontife, travaillent seuls de jour, et dans ta lumière, à la splendeur d'une foi perpétuelle, constante, unanime, universelle. Us jettent leurs filets de la barque de Pierre ; dans les régions les plus reculées, ils sont toujours de l'Église et dans l'Église où se trouve Jésus - Christ, le soutien de leur courage, le compagnon de leurs travaux. Ils pèchent en son nom, par ses ordres : In verbo tuo; Rome n'expédie, n'envoie pas des missionnaires pour agrandir sa domination terrestre, mais pour ouvrir aux hommes le chemin du ciel, pour propager la connaissance de Jésus-Christ, pour étendre son empire et pour augmenter la gloire de son nom ; c'est lui-même qui, par la bouche de son Vicaire sur terre, envoie ces autres pêcheurs et leur répète comme aux apôtres la grande parole, mère du prodige : « Jetez les filets. » Cette parole, qui retentit toujours, pleine de force et d'efficacité, dans la barque de Pierre, est celle qui seule a la merveilleuse vertu d'attirer les poissons, de gagner les esprits, de conquérir les cœurs, de dissiper les erreurs, de calmer les passions, de réjouir le ciel et de faire trembler l'enfer. Aussi, est-ce par ceux seulement qui, en vertu de cette parole et de ce commandement céleste, jettent les filets de la prédication évangélique, que s'opère, dans l'ordre spirituel, l'expérience de chaque jour le démontre, le même prodige que les apôtres opérèrent sur la mer de Tibériade : ils recueillent avec la même facilité une immense quantité d'âmes, et ils en remplissent la barque de la vraie Église[25] (!).
En deux mots, cette parole n'obtient des effets si universels, que parce qu'elle est prononcée dans l'Église et par l'Église universelle. Cela prouve que le filet seul de l'Église prend toutes sortes de poissons, que sa prédication est la seule qui soit partout efficace, que son action est la seule féconde dans les lieux les plus divers, parce qu'elle seule appartient à tout, et que tout lui appartient. C’est que Jésus-Christ, l’héritier, par son Père, de l'universalité des peuples[26], eu retournant au ciel, a légué son patrimoine à son Église, par cet ordre suprême : « Allez et enseignez TOUTES les nations. » Celle-ci, tenant de Dieu même la mission de convertir tous les hommes, est donc aussi, dans l'ordre du salut éternel, l'arbitre et la maîtresse des hommes. Ainsi convertir les âmes n'est pas tant pour elle conquérir ce qui est à autrui, que revendiquer ce qui lui appartient. De là vient que partout où elle peut se présenter librement, à peine a-t-elle prononcé son nom, formulé ses droits et ses privilèges, qu'elle est reconnue, accueillie, vénérée comme une légitime souveraine dans son propre empire. Je veux donc dire que l'Église est féconde, précisément parce que, de sa nature, elle est catholique ou universelle.
Oh ! Quelle gloire ! Quel honneur pour elle ! A défaut de toute autre preuve, la facilité avec laquelle, à l'exclusion de toutes ses rivales, elle s'introduit, se dilate et se rend maîtresse dans le monde, suffirait du reste à montrer qu'elle est catholique, qu'elle est l'Église de tout le monde par droit de naissance.
Avançons. Dilatés outre mesure par l'abondance des poissons, les filets allaient se briser et la barque submerger[27]. Ces nouvelles circonstances sont encore mystérieuses et prophétiques : elles figurent un des traits caractéristiques delà catholicité de l'Église. En effet, les filets prennent pêle-mêle le bon et le mauvais poisson: ainsi, dit saint Augustin, la prédication évangélique s'empare-t-elle indistinctement des hommes charnels et des spirituels, des réprouvés et des élus. Le filet qui se rompt et la barque qui submerge signifient que les schismes et les erreurs des hérétiques, les scandales des mauvais chrétiens, menaceraient de compromettre l’unité de l'Église[28]. Mais, en se remettant à flot, en résistant à son poids immense, la barque de Pierre et son filet prédisent aussi que ce serait en vain : Et cum tanti essent, non est scissum rete. Quel beau privilège dans l'Église ! Son filet mystérieux, sa barque de construction divine, tout en embrassant l'universalité des hommes, ne doit souffrir aucun dommage ni dans sou intégrité, ni dans son unité! Quel prodige! Nonobstant la multitude d'hommes qu'elle accueille dans son sein, tous si différents par l'éducation et par le génie, par le caractère et par les mœurs, par les habitudes et par le langage, par la foi et par la vertu ; quoiqu'elle embrasse et qu'elle renferme des citoyens de tous les pays du monde, de tous les climats, de toutes les races et de toutes les conditions ; malgré le poids énorme, discordant, turbulent, qui menace toujours de rompre ses filets, l'Église reste intacte ; et plus elle pèche, plus elle se remplit, et plus aussi elle est entière! Et cum tanti essent, non est scissum rete.
Semblables aux métaux qui perdent d'autant plus en profondeur qu'ils gagnent en superficie, les institutions humaines s'affaiblissent en se dilatant, et leur grandeur est le signe certain d'une caducité prochaine. Aussi les grands empires, comme l'histoire le démontre, sont de courte durée. Cette condition d'être des institutions politiques est commune aux institutions religieuses purement humaines: les unes et les autres sont sujettes aux mêmes infirmités de nature. Voilà pourquoi les sectes nées du christianisme, en s'étendant, s'affaiblissent et se détruisent. Pour elles, progresser c'est reculer; croître, c'est mourir. Ces filets de fabrication humaine ne peuvent contenir que pour quelques jours seulement une petite quantité de poissons. Le temps les use, une pèche abondante les brise ; si bien que, sur leurs inutiles débris dispersés de toutes paris, ou peut placer cette inscription : « Comme il y en avait tant, le filet s'est brisé; Cum tanti essent, scissum est rete »
Il n'y a que la religion catholique qui soit, comme l'œuvre de Dieu, supérieure à tout ce qui détruit les ouvrages des hommes. Elle seule a une constitution divine et embellie par le célibat ecclésiastique, qu’elle a mis seule en honneur. Les constitutions humaines peuvent l'imiter, mais jamais l'égaler ; eu vertu de sa propre nature, les évêques reçoivent du Chef souverain leur juridiction, et cependant ils ont un ministère divin qui leur est propre ; ils sont vraiment pasteurs de leurs Églises, tout en étant vraiment soumis au Pasteur universel. Ils sont libres et eu même temps dépendants ; mais leur dépendance ne nuit point à la liberté de leur action, et leur liberté ne détruit pas leur dépendance : dans l'Église, la sujétion est libre, et la liberté est soumise. Ils résolvent ainsi le grand problème de la sujétion unie à la liberté. Dans notre Église seule, par le moyen de son admirable hiérarchie, tout se lie, s'enchaîne, monte harmoniquement, par une sujétion graduée, à un centre commun, et se termine à un chef unique, indépendant, universel. Comme les siècles passent au-dessus d'elle sans altérer sa durée, les nations entrent dans son sein sans ébranler sa solidité. C'est un arbre aux racines fortes et fécondes, qui, loin de se dessécher, croit, se développe et se fortifie sur son tronc, ù mesure que ses branches s'étendent de plus en plus dans le lointain, l’universalité est sa condition, sa loi, sa nature ; tout ce qui est naturel à un être, le développant, le perfectionnant, il s'ensuit que plus l'Église s'étend, plus elle se fortifie; que plus elle se propage, plus elle acquiert. Et quand un jour le genre humain tout entier sera dans son sein, alors elle sera au comble de sa force; un si grand nombre de nations diverses ne briseront pas un seul fil de son divin filet : Et cum tanti essent, non est scissum rete.
Si donc il est certain, comme le reconnaissent les hérétiques eux-mêmes, que la catholicité est un des caractères essentiels de la vraie Église ; s'il est constant, d'après l'histoire des siècles passés et par l'expérience des faits présents, que la seule Église romaine est vraiment catholique ou universelle, en tant qu'elle seule embrasse tous les temps, tous les lieux et tous les peuples, il est aussi certain, il est évident que l'Église romaine est la seule légitime, la seule vraie Église de Jésus-Christ.
Mais la vérité qui ressort plus manifestement de l'histoire de la pêche miraculeuse, c'est la primauté de saint Pierre et l'apostolicité de l'Église. D'abord, le divin Maître dit à Pierre, au singulier : « Conduis ta barque en avant ; » puis il continua, sous la forme du pluriel : « Jetez vos filets pour prendre le poisson. » Ainsi Pierre, comme premier pilote, reçoit l'ordre de gouverner, de conduire la barque et d'indiquer le chemin à parcourir; ainsi la pèche, que doivent accomplir ensemble ses autres compagnons, est placée d'une manière toute particulière sous sa vigilance et sous sa direction. C'est, en effet, ce qui a lieu; car Pierre répond au nombre singulier: « Seigneur, en votre nom je jetterai le filet; » puis l'Évangile dit au pluriel : « Et ils firent cela. » Or, on voit clairement par là que la pêche des associés de Pierre se fait sous sa présidence et par son ordre à lui, qui ordonne et préside à son tour sous l'autorité de Jésus-Christ. De même l'autre barque, en accourant au signal donné par celle de l'illustre apôtre, pour l'aider à tirer le filet et partager la même pêche ; en n'agissant, en un mot, et en ne prenant part au travail que sous les auspices et d'après les ordres de Pierre, prouve aussi qu'après Jésus-Christ, ce dernier est l'auteur du prodige, qu'il est l'interprète suprême, l'organe immédiat des ordres de son maître, et qu'il préside tout en son nom comme le chef de tous.
D'un autre côté, il est certain, puisque saint Matthieu nous l'apprend, que Jésus-Christ dit à tous les apôtres, témoins de cette pêche miraculeuse : «Venez à ma suite, de pêcheurs de poissons je vous rendrai pêcheurs d'hommes. » Mais saint Luc, sans faire mention des autres compagnons de Pierre, raconte que le Sauveur dit à lui seul : « Dès ce jour, tu seras pêcheur d'hommes. » Cet évangéliste nous montre par là que si la grande mission de convertir les âmes a été donnée à tous les apôtres, cependant le Sauveur l’a confiée d'une manière particulière à Pierre, comme au chef de tous: dixit Petro; qu'elle n'a été accordée aux évêques que dans la personne de Pierre[29], et qu'enfin ceux-là ne l'ont reçue que de celui-ci.
Pierre est donc celui qui dispose et pourvoit, non-seulement dans cette pêche, mais encore dans celle qui arriva après la résurrection du Sauveur. En effet, il dit alors aux autres apôtres : « Je vais pêcher : Vado piscari; » aussitôt tous répondent d'une seule voix : « Nous irons avec toi : Venimus et nos. » Ils voulaient dire : Nous voulons faire aussi ce que tu es le premier à faire; nous voulons pêcher en ta compagnie et sous ta direction. Mais, quoiqu'ils aient travaillé avec loi à cette nouvelle pêche, saint Jean dit du premier qu'il monta sur la barque et qu'il tira le filet à terre[30]. Oh! Remarquable prérogative de Pierre, s'écrie à ce sujet un savant interprète ! Oh! Insigne privilège ! Dans ces deux barques et dans ces deux pêches, qui furent si visiblement la figure des deux états de l'Église, il se trouve toujours le prince et le chef[31]. C'est de lui seulement qu'il est dit qu'il monta sur la barque, qu'il prit le poisson et le tira à terre[32]. Or, est-il rien de plus expressif, continue le même interprète, de plus propre à faire comprendre que c'est principalement à saint Pierre qu'a été confié le haut ministère d'attirer les hommes dans le filet de la foi, c'est-à-dire à l'Église militante, par la prédication, pour les diriger au port, pour les introduire, en un mot, dans l'Église triomphante[33]!
Par ces prodiges, par ces figures et par ces mystères, le divin Pasteur a donc établi, par les faits, la primauté de Rome, avant de nous le révéler par sa parole. En ordonnant à Pierre de diriger sa barque mystérieuse vers la haute mer, il semble dès-lors lui dire : « Je te donnerai les clefs du royaume des deux, c'est-à-dire les clefs de l'Église, ou bien le royaume, l'empire, la régence de l'Église. En effet, dans le langage usuel de tous les peuples, donner à un homme les clefs d'une ville est la môme chose que lui eu conférer le gouvernement ou la principauté. Ainsi Jésus-Christ, eu ordonnant à Pierre de diriger sa barque où il lui semblerait bon, de déployer les filets et de les retirer, de commencer la pèche et de la finir, disait dès-lors à cet apôtre : « Tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel; » lui-même lui confère donc le souverain pouvoir d'absoudre et de punir, de pardonner et de châtier, de faire des lois et d'en dispenser, de recevoir dans sa communion et d'excommunier; il le constitue législateur, juge, recteur et gouverneur suprême de l'Église. En le chargeant de réunir ses compagnons autour de lui, d'appeler au travail l'autre barque, de régler le prix et la récompense ; en lui disant spécialement : Tu deviendras l'homme qui prendra les hommes pour les vivifier, c'est déjà lui dire : « Pais mes brebis; » puis deux fois : « Pais mes agneaux; » c'est-à-dire, en confiant à son zèle et à sa charité les agneaux, ou les chrétiens des deux peuples, et les brebis, ou les apôtres et les évêques qui engendrent les fidèles à la foi en Jésus-Christ[34], il charge par cela même Pierre de les guider, les commander, les nourrir et les défendre comme un vrai pasteur ; il le constitue enfin suprême et souverain pontife de l'Église universelle. C'est, en un mot, Jésus-Christ qui déclare que cette dernière est celle qui a été fondée par les apôtres sous les auspices de Pierre, qui est gouvernée parleurs successeurs sous la présidence de Pierre, qui dépend entièrement de Pierre, avec les évêques qui la gouvernent; qui, par l'intermédiaire de Pierre, reçoit de Jésus-Christ toute lumière, toute grâce, toute autorité; qui professe la doctrine que Pierre et les apôtres ont reçue et ont enseignée : c'est enfin Jésus-Christ qui assigne, pour quatrième caractère de l'Église, l'apostolicité, c'est-à-dire la profession de la foi primitive des apôtres et de Pierre leur chef.
Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu que la vraie Église soit celle qui professe la doctrine de ses disciples et qu'elle descende d'eux par une série non interrompue de pontifes? C'est parce que les apôtres ont été instruits, envoyés et établis tels par lui-même. L'Église qui professe leur doctrine, qui descend légitimement d'eux, est donc celle qui professe la vraie doctrine de Jésus-Christ et qui descend de Jésus-Christ; qui est sa fille légitime et sa fidèle épouse.
N’oubliez pas, mes frères, qu'il est dit dans saint Luc que Jésus-Christ était regardé comme le fils de Joseph, et que Joseph était fils d'Héli, Héli fils de Mathat, Mathat fils de Lévi, Lévi fils de Melchi[35].
Puis, contraint ainsi de remonter jusqu'aux premiers patriarches, jusqu'à David, jusqu'à Jacob, jusqu'à Abraham, jusqu’à Noé, l'évangéliste finit par dire: « Noé fut fils de Lamech, Lamech de Mathusalem, Mathusalem d'Hénoch, Hénoch de Jared, Jared de Malaleel, Malaleel de Caïnan, Caïnan d'Hénos, Hénos de Seth, Seth d'Adam, et Adam de Dieu[36]. » Combien cette pensée est profonde, sublime dans sa simplicité ! Par cette généalogie de Jésus-Christ, l'Esprit-Saint a voulu symboliser celle de la religion chrétienne; il a eu en vue de nous révéler cette vérité importante : la vraie religion est une, elle est toujours la même ; c'est celle qui, par Jésus-Christ, remonte jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu. En effet elle, la pensée de Dieu, éclose dans les abîmes de sa sagesse et de son amour, cette religion en un mot, apparue dans le temps, a son origine dans l'éternité. Le premier homme, en recevant l'intelligence, reçut en même temps un symbole à croire, une loi à observer. Il ne se forma pas une religion de lui-même, mais il la reçut toute faite du Créateur[37]; il ne dut pas raisonner sur cette religion, mais s'y soumettre. La religion, dit saint Epiphane, a donc précédé la création de l'homme. Elle a fleuri avant les siècles, avec le Verbe en Dieu, par le concours libre des trois personnes[38]. Elle serait humaine, en effet, si elle était née après l'homme » si elle n'avait une origine antérieure à lui. Saint Paul enseigne qu'elle est un édifice fondé sur Jésus-Christ, sa pierre angulaire, et que les patriarches, les apôtres, les prophètes, comme les évangélistes, en sont les fondements[39]. Donc son origine se confond avec celle du monde (Rorhbacher dit de même). Jésus- Christ, en donnant à l'Église l'apostolicité pour caractère, faisait descendre de lui-même, des patriarches, d'Adam, de Dieu; il lui a donc donné pour caractères distinctifs la perpétuité ou l'unité et l'universalité des temps, comme il lui avait donné la catholicité ou l’unité et l'universalité des lieux.
Or où se trouve, en dehors de l'Église, ce caractère si évidemment divin? Quelle secte se présente marquée de ce cachet céleste? Non, ce n'est pas s'exprimer exactement de dire que la doctrine catholique a dix-huit siècles d'existence. Les dogmes que l'Église catholique professe, les vérités qu'elle enseigne, se retrouvent, par leurs figures, dans la révélation patriarcale et prophétique. L'Église, dit saint Thomas, est de la sorte contenue dans la Synagogue, la loi nouvelle dans la loi ancienne, comme l'arbre dans la semence, comme une chose plus parfaite dans celle qui l’est moins. Le premier catholique fut Adam, qui, continue l'Ange de l'École, par sa foi explicite au Christ, crut à tous les mystères futurs, fut sauvé par le Rédempteur, comme nous croyons aux mêmes mystères réalisés maintenant, et comme nous sommes sauvés par le fait accompli du Calvaire. C'est le propre d'une religion divine d'opérer efficacement avant son entier développement, avant d'apparaître dans toute sa perfection et dans toute sa beauté. Ainsi pensent les Pères et particulièrement le grand évoque d'Hippone.
L'histoire ecclésiastique indique le temps où et les personnes par qui les dogmes de l'Église catholique ont été successivement combattus et niés, vengés et défendus. Mais aucun monument ne nous dit quand et par qui ils commencèrent d'exister et d'être crus. C'est donc une preuve certaine, évidente qu'ils ont toujours été crus; que la foi, dans l'histoire du christianisme, a précédé l'hérésie : ainsi l'innocence précède le délit dans l'histoire de l'humanité. L'Église catholique croit et admet, en effet, ce qu'on a toujours cru et admis : quod semper; sa foi remonte jusqu'aux apôtres, jusqu'à Jésus-Christ, et par eux jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu. Elle seule a des idées saines sur le Créateur de sa nature, ses attributs et ses œuvres. Elle seule a des idées saines sur le Médiateur, sa mission, ses mystères, sa doctrine, ses grâces, sur la rédemption. Elle seule a des idées saines sur l'homme, son origine, sa fin, sa décadence et sa régénération : on dirait les archives éternelles où se conservent inaltérables les traditions du monde, les notions sur Dieu, les titres authentiques de la divinité de Jésus-Christ » de l'antiquité, de la noblesse et de la dignité de l'homme, de ses droits, de ses privilèges et de ses espérances. Elle est comme la Bulle d'or, la constitution primitive, la grande charte de l'humanité. Quiconque est désireux de savoir quelque chose de précis et de certain sur les questions les plus épineuses, sur le Créateur, sur son Christ, sur l'homme, doit interroger forcément l'Église catholique; l'infidèle, en effet, ignore Jésus, le juif le renie, l'hérétique a altéré sa nature, ses mystères, ses doctrines et ses œuvres. Or, Jésus-Christ est l’Homme-Dieu par lequel Dieu et l'homme peuvent seulement être connus. Donc l'ignorance, la négation ou l'altération des idées sur Jésus-Christ produit et enfante nécessairement parmi les peuples séparés de l'unité catholique des notions grossières et absurdes sur Dieu et sur l'homme.
Examinez, mes frères, les innombrables sectes nées, comme naissent les vers, de notre boue humaine, de la corruption des mauvais chrétiens. Interrogez-les ; demandez-leur ce qu'elles croient de Dieu, de l'homme et de Jésus-Christ. Elles vous diront plus facilement ce qu'elles n'admettent pas que ce qu'elles admettent» J'affirme que vous ne trouverez pas, dans leur sein, deux individus qui, à une même question, fassent la mène réponse. Jamais vous n'en apprendrez d'une manière précise ce qu'il faut croire et pratiquer. Dans le principe, chaque secte sembla avoir un symbole commun à tous les individus qui la composèrent ; mais à peine ce symbole fut-il formulé, qu'il commença à être altéré. N'est-il pas permis, en effet, de changer, d'ajouter et de retrancher quand il s'agit des inventions et des œuvres de l'homme ! De là l'inconstance de toutes ses législations; de là tes variations perpétuelles des sectes hérétiques. Nulle d'entre elles ne peut se vanter d'avoir conservé deux jours d'unité avec elle-même, ni d'être restée deux jours dans la Confession inventée par son fondateur, sans qu'elle ne l'ait amplifiée ou restreinte, renouvelée ou abandonnée.
Y-a-t-il un protestant en Allemagne ou en Angleterre qui admette, comme ses pères, la Confession d'Augsbourg, ou les XXXIX articles? L'édifice de l'hérésie se démolit par les mains mêmes de ceux qui se vantent de l'habiter. Chacun en enlève une pierre, et ce droit funeste de démolition n'est et ne peut être contesté de personne, puisque tous tiennent ce droit de leur fondateur même. Vainement donc on chercherait chez les hérétiques la vraie doctrine que Jésus-Christ a révélée aux apôtres : on n'y conserve pas même celle que l'hérésiarque a imposée, dans le principe, à leurs pères. Pauvres enfants prodigues! Sans raisonnement mais riches d'orgueil, cette vraie luxure de l'esprit, comme la volupté est l'orgueil des sens, les hérétiques s'en vont ainsi dissipant la substance des dogmes et des traditions catholiques dérobées à la maison paternelle, à l'Église ; et ils retiennent à peine des notions vagues et incohérentes sur les points les plus essentiels. Les vrais protestants de la Germanie et de l'Angleterre ne croient plus divinement au christianisme, et ne sont, par conséquent, plus chrétiens : Dissipavit substantiam suam, vivendo luxuriose. En proie à la pénurie spirituelle de vérités qui les ravage : Facta est fames valida in régime Ma, c'est en vain qu'à défaut du pain de la vie et de l’entendement, ils cherchent un aliment à leur faim dans la philosophie[40] . Mais la philosophie est déchue, tombée elle-même, parmi eux, avec la religion qui en est la base légitime, et ne professe que le doute sur les plus grandes thèses de l'humanité[41]. Donc, les communions séparées de l'Église, privées de la foi primitive, qu'ils ont échangée contre celle de quelque hérésiarque impudent, ne peuvent se vanter du beau titre d'apostolique.
Et qui ne connaît les variations perpétuelles des sectes protestantes? Que dis-je, des sectes? Les variations des individus ne sont pas moins fréquentes que celles des Églises auxquelles ils appartiennent. Tout protestant vraiment tel, interrogé sur sa religion, ne pourra affirmer, sans mentir, qu'il a passé toute sa vie dans la même croyance : ceux-là seuls, qui croient à l’erreur, comme les catholiques croient à la vérité, c'est-à-dire sur l'autorité de leur Église enseignante, peuvent se permettre cette affirmation de bonne foi. Le vrai protestant, celui qui croit seulement ce qui lui semble clair dans la lecture de la Bible, change de croyance en changeant de manière de voir. A chaque nouveau pays qu'il visite, à chaque voyage qu'il accomplit, à chaque livre qu'il lit, à chaque prédication qu'il entend, à chaque nouvelle observation qu'il fait en matière de religion, il sent sa croyance, fondée sur le sable mouvant de son sens privé, s'altérer, se transformer; et, ce qui lui paraissait plausible hier, lui semble absurde aujourd'hui; ce qui lui semblait naguère une erreur, lui parait bientôt une vérité divine. Le catholique vraiment tel seul croit toujours ce qu'il a cru. Sa foi est toujours la même, parce qu'il ne s'est pas formé son symbole, mais qu'il a reçu de l'Église, comme celle-ci l'a reçu des apôtres, de Jésus-Christ, de Dieu ; c'est pourquoi il n'y ajoute, n'y retranche rien, la révélation étant au-dessus de l'arbitre humain. Ainsi la foi de l'Église est celle des apôtres et des patriarches; c’est-à-dire, la foi que Dieu a révélée aux patriarches et à Adam, qu'il a expliquée aux apôtres et à Pierre, et perfectionnée par Jésus-Christ. Pour cela, notre Église a vraiment vécu déjà dix-huit siècles, parce qu'ayant toujours cru la même chose, elle est toujours la même. Le protestantisme, au contraire, ne compte pas même trois jours d'existence, quoique Luther date de trois siècles, parce que, n'ayant jamais conservé les mêmes croyances, il ne ressemble jamais à lui-même : c'est un Protée aux mille formes, un système éphémère, fugitif, sans durée; ce qu'il admet varie de jour en jour, son nom seul demeure. Où est donc, parmi les sectes séparées, la foi pure des apôtres? Et quelle est celle d'entre elles qui oserait se dire apostolique?
La vraie Église est appelée dans l'Évangile la maison de Jacob, dans laquelle le Verbe de Dieu fait homme doit habiter éternellement[42]. Pourquoi? Parce qu'elle a été fondée par Jésus-Christ et par les apôtres, descendants de ce patriarche selon la chair. Quelle sera donc, parmi les communions chrétiennes, la vraie maison de Jacob, ou la vraie Église? Sera-ce la chrétienté entière avec toutes ses sectes si diverses et si hostiles les unes envers les autres? Mais ces sectes reconnaissent des chefs indépendants, et forment ainsi des maisons ou des familles séparées; or, l'Évangile ne parle que d'une seule maison. Ah! Le fier et orgueilleux Esaü ne peut habiter avec l'humble et paisible Jacob ! Que si l'on veut donner le nom de famille ou de maison à ce monstrueux mélange de croyances, de lois et de cultes divers, qu'on l'appelle la maison de Babel, mais non la maison de Jacob; le repaire de la confusion, du désordre, de l'anarchie, et non la maison de l'ordre, de l'harmonie et de la paix par excellence ; le royaume de Lucifer, et non celui de Dieu; enfin, l'image de l'enfer, et non point la figure du ciel sur la terre. Puis donc que, de toutes les communions chrétiennes, une seule doit être la maison de Jacob, quelle est cette heureuse demeure, sinon celle qui remonte jusqu'aux fils de Jacob, qui est apostolique non-seulement par la doctrine, mais encore par les aïeux? Or, les Églises séparées peuvent-elles prétendre à ce titre glorieux? Si elles remontent à leur origine, que trouveront-elles? Un patriarche ambitieux, ou un moine apostat, ou un roi dissolu, ou un tyran cruel, qui, par la violence et la ruse, les ont retranchées de l'arbre apostolique auquel elles étaient unies. Devenues, par le fait, d'inutiles rameaux, abandonnées à la fureur des vents, elles n'ont plus rien de commun avec le tronc apostolique, lequel, au moyen de Pierre, communiqué à la divine racine, à Jésus-Christ. Leurs évêques (quant à celles qui ont encore des évoques) reçoivent leur juridiction de l'autorité séculière, au lieu de la recevoir du siège romain; conséquemment, ces sectes sont régies par un sceptre profane et ne sont plu» placées sous la houlette du pasteur apostolique.
Il y a plus: nulle secte protestante n'a foi dans l'apostolicité de son origine. Reconnaissant leur impuissance à renouer, sans Pierre, la chaîne qui les rattachait aux apôtres et qu'elles ont brisée, elles osent dire qu'il y a eu, dans la durée de la vraie Église, comme une éclipse, une interruption, c'est-à-dire un état mort ; que, durant douze siècles, cette Église a été cachée, ou qu'elle a défailli, et que, grâce à la main pure de Luther et au sceptre philanthropique d'Henri VIII, elle est ressuscitée, elle est sortie de sa tombe pour briller du plus bel éclat. Cela signifie tout simplement que les hérétiques, désespérant de pouvoir faire remonter leurs Églises jusqu'aux premiers siècles, n'ont pas craint de nier que la foi toujours intacte et que la succession continuelle des évoques depuis Pierre jusqu'à nous, ou l'apostolicité, soient un des caractères essentiels de la vraie Église. Voilà tout ce qu'ils ont à dire.
Or ici, le ridicule le dispute au mensonge. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces Églises dégradées ne descendent ni des apôtres, ni de leur doctrine ; elles ne descendent que des hérésiarques et de leurs blasphèmes. Elles ne communiquent plus avec le ciel, mais avec l'enfer; elles n'ont plus l'esprit de Jésus-Christ, mais celui de Lucifer; loin d'être apostoliques, elles sont diabétiques. O sainte Église catholique! Oh ! Comme, à ce caractère, je sens le bonheur et la gloire de t'appartenir! Comme Innocent Ier l’a déclaré dans le concile de Carthage, l'épiscopat et l'autorité que ce mot indique nous sont venus de Pierre[43]; l'ordre sacerdotal, selon la pensée de saint Anaclet, a précisément commencé dans Pierre après Jésus-Christ[44] : ainsi l'épiscopat, le sacerdoce apostolique se maintient et se conserve seulement parmi nous, parce que, parmi nous seulement, les évêques sont institués par les successeurs du premier vicaire du Christ, et par conséquent notre hiérarchie ecclésiastique remonte à l'apôtre saint Pierre, à Jésus-Christ, Rome est donc la seule qui retient l'enseignement, reconnaît et révère l'autorité apostolique ; c'est ta seule qui, par Pierre, a la doctrine, l'esprit, la grâce, l'efficacité et la fécondité des apôtres; enfin c'est la seule apostolique; je dirai mieux, la seule divine, parce que, unissant l'unité, la sainteté, l'universalité à l'apostolicité, elle est l'expression sincère, le reflet admirable des attributs de Dieu, son image fidèle, sa fille, son œuvre, la vraie barque de Pierre, dans laquelle Jésus- Christ est présent ; la vraie maison de Jacob, où Jésus-Christ régnera éternellement; car, après avoir régné sur la terre dans les âmes vraiment pieuses et fidèles par le moyen de la grâce, il régnera eu elles par sa gloire dans le ciel.
SECONDE PARTIE
C'est l'opinion unanime des Pères et des interprètes, que les deux pêches miraculeuses dont il est parlé dans l'Évangile, signifient les deux Églises, on plutôt le double état de la même Église : celui de l'Église militante sur fa terre, et celui de l'Église triomphante avec Jésus-Christ dans le ciel; ainsi s'exprime, entre autres, Haymon, analysant la doctrine de saint Augustin[45]. En effet, la première pêche arriva durant la vie mortelle du Sauveur, qui signifie l'état de l'Église : état d'épreuve, d'humiliation et de souffrances; la seconde eut lieu après la résurrection glorieuse de Jésus-Christ, figure de l'état de gloire et de félicité au ciel. Dans la première pêche le filet menaçait de se briser: rumpebatur rete, parce qu'il peut y avoir des schismes et des hérésies dans l'Église militante ; dans la seconde le filet n'encourait pas le moindre danger de se rompre: non est scisum rete, parce qu'il n'y a à craindre ni schisme, ni hérésie dans l'Église triomphante. Dans la première, les poissons furent placés dans la barque de Pierre, qui se balançait sur les ondes; c'est-à-dire que, dans le temps, les convertis à la prédication évangélique sont réunis dans l'Église toujours flottante entre les doctrines diverses, les tempêtes excitées par les persécutions ; dans la seconde, les poissons furent tirés et déposés sur le rivage : ce rivage, par sa stabilité et sa fermeté, signifie clairement l'immobilité et la sécurité de la vie éternelle. Il est dit de la première pêche qu'il y eut une grande abondance de poissons[46]; mais le nombre n'est pas déterminé. Dans la seconde le nombre et fixé; il se monte à cent cinquante-trois ; car sur la terre, en effet, dans l'Église militante sont admis toutes sortes d'hommes, sans nombre déterminé[47]; tandis que dans le royaume céleste, le nombre précis des élus y est seul introduit. Finalement, dans la première pêche, le Sauveur ne détermina ni la droite, ni la gauche pour jeter les filets, mais il laissa tonte liberté aux apôtres[48]. Par là, dit Haimon, il rendit sensible le ministère de l'Église militante : ne pouvant à présent discerner les élus des réprouvés, elle ne fait aucun choix dans sa pêche, mais elle admet tout indistinctement, les bons et les mauvais, autant qu'il s'en trouve de pris au filet de la prédication évangélique[49]. Dans la seconde pêche, Jésus Christ ordonna que le filet fût jeté à droite[50] ; or, comme dans le langage de l'Ecriture les objets placés à la droite signifient les justes, le bon Maître voulut montrer par là qu'a la fin des temps, les justes seuls seront accueillis et admis au bonheur éternel[51].
Or, c'est Jésus-Christ lui-même qui nous adonné cette interprétation de ses miracles; car voici ce qu'il nous dit dans un autre endroit de son Évangile : « Le royaume des cieux (soit l'Église sur la terre, comme l'expliquent les Pères) est semblable à un immense filet jeté dans la nier, où il capture des poissons de toutes espèces et de toutes qualités[52] ». Une fois rempli, l'engin pécheur est attiré sur le rivage; puis ses maîtres s'asseyent et font un choix diligent parmi les poissons: les bons sont placés à part, dans différentes masses ; les mauvais sont rejetés et dispersés[53]. Or, c'est précisément ce qui arrivera à la fin du monde, continue le divin Maître: les anges de Dieu sortiront, et ils sépareront les pécheurs des justes, réservant ceux-ci pour le ciel, précipitant ceux-là dans les fournaises éternelles, où ils seront livrés aux pleurs et à un désespoir sans fin. Et le Sauveur achève cet enseignement si terrible en disant : a Avez-vous bien compris, avez-vous bien pesé toute l'importance de cette vérité : Intellixistis haec omnia[54] ? »
O insensés sectateurs, misérables adorateurs du siècle ! Ô hommes perdus dans le désordre de tous les vices, qui ne pensez qu'à vivre heureux dans le monde, comme si tout finissait avec le monde, avez-vous entendu, avez-vous compris ce dont il s'agît: Intellexistis haec omnia ? Oui, le monde finira : In consummatione saeculi; mais vous, vos âmes et vos corps, vous survivrez à sa ruine. Du premier homme, créé de Dieu, jusqu'au dernier né de la femme, tout le genre humain sortira de ses cendres. Tous, tant que nous sommes, réunis à présent dans ce temple de la divine miséricorde, nous nous retrouverons nu jour dans la vallée de Josaphat sur le grand théâtre de la justice divine. Toute chair retournera aux pieds de celui qui l’a créée[55]. Les anges, ministres de la justice et des vengeances du Seigneur, attireront, comme confondue dans un immense filet, l'humanité dans cette vallée redoutable, désignée par les prophètes comme le rivage servant de limite entre le temps et l'éternité[56]. Alors on ne verra plus, comme à présent, les herbes viles mêlées au bon grain, les boucs immondes avec les innocentes brebis, les réprouvés avec les élus ! Les anges de Dieu, sans efforts, sedentes, sépareront irrésistiblement les poissons vivants des poissons morts, c'est-à-dire les justes, les âmes saintes de tous les siècles et de tous les lieux, de l'ignoble populace des pécheurs; et cela sans avoir égard ni aux liens de parenté, ni aux relations de société, ni aux sympathies des sentiments. L'enfant sera arraché des bras de sa mère, le frère séparé du frère, le sujet du supérieur, l'ami de l'ami : qu'importera alors d'avoir été roi ou empereur, évêque ou prêtre, noble ou savant! Celui qui sera trouvé pécheur, ira à la gauche avec les pécheurs. Toute grandeur terrestre sera détruite, toute distinction abolie, tout grade méconnu! On ne tiendra compte que de la vertu et du vice ; l’unique cause de séparation sera le péché. Tout le genre humain ne formera que deux seuls peuples, deux seules familles : la famille des élus, qui tressailliront d'allégresse et triompheront avec Jésus-Christ à la droite, et la famille des réprouvés, qui, en compagnie de Lucifer, le front dans la poussière, le désespoir dans le cœur, palpiteront et trembleront, repoussés dédaigneusement â gauche. Alors retentira la sentence du juge; le sort de chacun sera solennellement fixé pour l'éternité. Et les justes, groupés par troupes joyeuses, celle des apôtres, celle dès martyrs, celle des vierges, celle des confesseurs iront prendre place dans les demeures, les tabernacles, assignés à chacun d'eux, de la Jérusalem céleste : Elegerunt bonos in vasa. Les réprouvés, formés aussi en tumultueux bataillons; les incrédules orgueilleux, les hérétiques obstinés, les prêtres sacrilèges, les religieux parjures, les profanateurs des choses saintes, les tyrans oppresseurs, les voleurs, les faussaires, les homicides, les médisants, les calomniateurs, les ambitieux, les intrigants, les avares, les adultères, seront chassés de la présence de Dieu et précipités dans le gouffre de l'enfer, où ils laisseront couler d'intarissables pleurs et éclater un désespoir sans adoucissement comme aussi sans fin.
Oh ! Quelle pensée, mes frères! Vérité terrible, qui n'a pas besoin, dit saint Grégoire, d'être expliquée, mais d'être redoutée ; car l'oracle du Fils de Dieu, qui dénonce aux pécheurs leur terrible sort, la peine qui doit les rendre éternellement malheureux, est en effet clair et précis ; de sorte que personne ne peut en douter, ni alléguer l'ignorance pour excuse[57] .
Avez-vous compris, ô vous qui vous obstinez à ne pas entendre pour ne pas être obligés de vivre saintement? Avez-vous bien compris la terrible catastrophe qui vous menace : Intellexistis haec omnia? Ô vous, s'écrie ici saint Chrysologue ! Ô vous qui vous appropriez le pain et la sueur du pauvre pour suffire à vos plaisirs sensuels! Vous qui, à force d'intrigues, de bassesses et d'injustices, vous procurez une félicité trompeuse, faite des débris de la félicité d'autrui ! Voilà le feu qui vous attend; voilà le châtiment des honteux plaisirs d'un instant, dont vous êtes si avides; voilà le feu dont vous, tristes victimes, serez toujours brûlés sans en être jamais consumés! Oh! Comme votre voix éclatera en horribles hurlements au milieu de ces flammes, ô vous qui vivez si gaîment dans les délices du monde! Comme votre folle joie d'à-présent, votre insolente ostentation, votre impudence hautaine, votre dédain satirique, votre mépris pour la vie pauvre, humble et innocente des justes, oh! Comme tout cela se changera en amers regrets, en larmes de désespoir, quand vous verrez leur gloire, leur grandeur et leur félicité[58] !
Combien cette pêche symbolique du dernier jour sera différente de celle qui nous attire à présent dans la barque de Pierre, l’Église ! Ici-bas, c'est la tendre miséricorde qui nous y appelle ; ce sera alors la terrible justice qui nous repoussera dans le filet vengeur. Celle-là est pour la conversion des pécheurs, celle-ci sera pour leur ruine. L'une appelle les hommes à l'observation de la loi, l'autre en punira les prévaricateurs. Et, tandis que cette dernière apportera l'épouvante, la désolation et le châtiment, la première offre la paix, la réconciliation et le pardon. Telle est l'heureuse condition, dit saint Grégoire, de la pêche qui se renouvelle à chaque instant dans la vraie Église. Si les mauvais poissons des rivières ne deviennent pas tous en entrant dans les filets matériels, nous, qui avons le bonheur de nous trouver renfermés dans le filet spirituel, dont Pierre tient la trame dans ses mains, de pécheurs que nous sommes, nous pouvons devenir justes ; de bons, meilleurs encore[59]. Ah! Réveillons-nous donc de la léthargie funeste de notre vie voluptueuse et terrestre; réservons, pour le salut éternel de notre âme, quelques-unes des mille pensées que nous consacrons si sottement aux soins charnels et aux fugitives satisfactions du corps ; profitons du temps précieux de la première pêche ouverte et se continuant encore dans la vraie Église de Jésus-Christ; et cela pour nous convertir, pour vivre en chrétiens et pour nous sauver. Ne nous laissons pas imprudemment surprendre par le temps delà seconde pêche, quand le filet inexorable de la mort laisse l'âme telle qu'il la trouve; craignons que la grande grâce d'avoir été accueillis dans la vraie barque de Pierre, d'avoir connu et professé la vraie religion, d'avoir appartenu à la vraie Église, que cette grâce, dis-je, aujourd'hui notre bonheur, notre gloire et notre richesse, ne devienne pour nous, un jour, la cause d'un plus grand déshonneur, d'un regret plus profond, d'un jugement plus sévère et d'une condamnation plus rigoureuse[60]. Ah ! Ne permettez pas, Seigneur, que nul d'entre nous n’encoure une telle disgrâce. Faites, au contraire, que, de même que nous sommes séparés des infidèles et des hérétiques par la foi, après le jugement nous soyons aussi séparés des pécheurs pour la vie éternelle: Inter oves locum proesta, et ab hoedis me sequestra, statuens in parte dextra; que nous échappions au sort malheureux des réprouvés et que nous partagions avec les bénis la gloire de régner avec vous dans les cieux : Confutatis maledictis, flammis acribus addictis, voca me cum benedictis.
Ainsi soit-il[61] !
[1] Sunt doctores cum sectatoribus suis, qui non habent fundamentum Christum, cor figentes in terris (Glos., inter. ex PP. in v Matth.).
[2] Omnis igitur plantatio philosophorum, ornais plantatio haereticorum, quaecunque contra Deum est, et veritatem, et justifiant eradicabitur (Ibid.).
[3] Ego plantavi, Apollo rigavit ( I Cor. III ) , Deus autem incrementum dedit. — Dei enim adjutores sumus. — Dei enim agricultura estis; Dei aedificatio estis.
[4] Tunc Dominus cessavit loqui, quando post passionem a praedicatione quievit. Tunc quidem praecepit Simoni aliisque apostolis ut in altum ducerent et laxarent retia, cum dixit: « Euntes in mundura universum, predicate Evangelium omni creaturae (Expos.).»
[5] Ubi mundus caput habet imperii, ibi regni sui principes collocavit (S. Max., in Nativ. Petr.et Paul.).
[6] Mittite in dexteram navigii rete (Joan. xxi, 6).
[7] La guerre actuelle le prouve par la supériorité des nations catholiques.
[8] Tempus ante Domini adventum nox erat. Laboraverunt autem doctores, qui ante Christum fuerant, et nihil comprehenderunt (Beda, Com.).
[9] Postquam autem venit Christus, et dies factus est, apostoli in locum legis doctorum subrogati, in verbo ejus, hoc est, in praecepto ejus taxant retia, et magnain hoininum inultitudinem venantur [Ibid.).
[10] Ecce ego mittam piscatores multos, dicit Dominus, et piscabuntur eos, et multos venatores, et venabuntur eos de omni monte, de omni colle et de cavernis petrarum (Hier. xvi).
[11] Stupor circumdederat eum, et omnes qui cum illo erant in captura piscium quam ceperant (Luc. V, 9).
[12] Quis non stupescat per taies proedicatoros mundum con-versum, pliilosophos superntos, muudi sapientiam destructam, et intra fidei retia tantam piscium multitudinem esse rollectam; proesertim cum preedicarint Christum, et hune crucifixum, Judoeis quidem scandalum, Gentibus autem stulUliam (Tneopli., Com.).
[13] Saint Paul insistait sur ce miracle, quand il disait: «Chose admirable ! Dieu a converti le monde, non point par l'art de la rhétorique, de la sagesse humaine, mais par la simple manifestation de sa doctrine, qui est esprit et vérité. » « Il ne s'est pas prévalu, continue le même apôtre, des savants selon la chair, ni des puissants, ni des nobles pour établir son Évangile sur la terre; mais Il a choisi quelques hommes les plus faibles, les plus grossiers, les plus abjects et les plus méprisables aux yeux du monde, pour confondre les forts; il a choisi les plus misérables et ce qui n'était rien pour détruire ce qui est, afin que nul ne se glorifiât d'avoir réussi dans une si grande entreprise, mais que tout fût attribué à la puissance de Dieu pour sa gloire. »
[14] Volens Christus superborum cervicem frangere, non quaesivit per oratorem piscatorem ; sed per piscatorem lucratus est imporatorem. Magnus orator Cyprianus, sed prius Petrus piscator (Aug., Tract. in Joan.).
[15] Piscatores erant apostoli; neminem coegerunt, neminem impulerunt; quia piscator mittit in mare, et non cogit, sed trahit quod incurrit. Ita infidèles in Ecclesia congregati sunt (Serai. 12 de Util, jejun.).
[16] Non veterascunt tempore illa piscationis instrumenta, quae non humana arte, sed divina gratia sunt effecta (Imp., Com.).
[17] Non sinum possederunt qui vetustate putrescit; non arundinem quem tempus corrumpit; non hamum quem rubigo consumit; non in petra considerant, quae undis quatitur; non in scapha navigarunt, quam tempestas dissolvit (Id. ibid.).
[18] Piscatores sunt Ecclesiae doctores, qui nos per rete fidei comprehendunt, et quasi littori advehunt terrae viventium (Beda, Com.).
[19] Jacitur etiam nunc Evangelii rete, Christo Domino illud implente, eosque ad conversionem vocante, qui in profundo pelago, hoc est, in mundi hujus commotione versantur (Bostr., Expos.).
[20] Qu'on fasse attention à la belle expression dont le Sauveur s'est servi en confiant à Pierre et à ses successeurs une semblable pèche, quand, selon le texte grec, il lui dit : « Dès ce moment tu prendras les hommes vivants ; » ou bien, comme traduit saint Ambroise : « Tu vivifieras les hommes : Vivificans homines. » Par là, dit le même Père, nous a été montrée la différence entre les filets apostoliques et les filets ordinaires : ceux-ci prennent vivant le poisson, mais pour le faire périr; ceux de l'Église prennent des âmes mortes par le péché, mais pour leur redonner et pour leur conserver la vie; ils les retirent de l'abîme des ténèbres, de l’erreur et du vice, et les élèvent à la grâce, à la lumière de la vérité, et des portes de l'enfer, ils les élèvent jusqu'à celles du ciel.
[21] Pontifex est primus piscator cui dicitur : Eris homines capiens. Illi incumbit per se, vel per suos legatos, sacerdotes, religiosos, episcopos, convertere infidèles et haereticos, uti primi pontifices converterunt Romanos, et ad alios populos convertendos miserunt (In Luc.)
[22] Hi in curribus, et hi in equis; nos autem in nomme Domini {Ps. xix).
[23] Veniet nox quando nemo potest opprari (Joan. xix).
[24] Per lotam norlem laborantea nihil cepimus (Loco cit.).
[25] Et cum hoc fecissent, concluserunt piscium multitudinem copiosam, et impleverunt naviculas (Loco cit.).
[26] Dabo tibi gentes haereditatem tuam (Ps. xi).
[27] Rumpebatur autem rete, ita ut naviculae pene mergerentur (Loco cit.).
[28] Quod rete rumpebatur, et naviculae pene mergerentur, significat hominum carnaliuin multitudinem tantam in Ecclesia futuram, ut per haereses et schismata pene scinderetur (Aug., De Verb. Dom. in L»c).
[29] Voyez, dans Bellarmin, l'argument solide de Turrecremata» par lequel le très docte auteur prouve que saint Pierre fut seul ordonné évêque par Jésus-Christ, et que les autres apôtres reçurent des mains de Pierre leur ordination épiscopale.
[30] Àscendit Petrus, et traxit rete in terram.
[31] Insignis praerogativa, quod in utraque navi et piscatione, quae apertissime totus Ecclesiae statum significant, semper Petrus princeps invenitur (Bellar., loco cit.).
[32] Puisque nous parlons de la mer, nous ne devons pas omettre que Jésus-Christ fit le prodige de calmer la mer sous ses pieds, en vue seule de Pierre, en sorte que cet apôtre put marcher sur les eaux à pied sec et en sûreté. Or, la plénitude des eaux signifie l'universalité des peuples : Aquae multae, populi multi. Saint Bernard affirme que le Sauveur, par ce miracle, a voulu montrer qu'il soumettait tous les peuples à cet apôtre et qu'il lui donnait l'empire souverain sur les âmes.
[33] Ergo Petrus est qui homines de mundo ad fidem, id est ad Ecclesiam militantem, et regens eos atque gubernans, ad Ecclesiam triomphantem perducit (Idt ibid.).
[34] Agnos fidèles utriusque populi, oves qui agnos ipsod in Christo peperevant, id cet apostolos et episcopos Bell,, loco cit.).
[35] Ut putabatur filius Joseph, qui fuit Heli, qui fuit Mathat, qui fuit Levi, qui fuit Melchi (Luc. III).
[36] Noe, qui fuit Lamech, qui fuit Mathusale, qui fuit Henoch, qui fuit Jared, qui fuit Malaleel, qui fuit Cainan, qui fuit Henos, qui fuit Seth, qui fuit Adam, qui fuit Dei (Ibid.).
[37] Eccli. xviii.
[38] Cum Adamo, imo ante Adamum ipsum, ideoque ante omnia saecula cum Christo floruit de Patris ac Filii, ac Spiritus Sancti voluntate (Expos. Fid. Cath.).
[39] Superaedificati super fundamentum apostolorum et prophetarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu (Ephes. n, 20).
[40] Cette profonde indigence dans laquelle sont tombés les hérétiques, cette faim de la vérité, qui les a conduits au bord du sépulcre : fame perco, est ce qui nous peut faire espérer leur conversion prochaine. Réduit à cette extrémité, l'enfant prodigue prendra la belle résolution de retourner à la maison paternelle : Surgam, et ibo ad patrem meum, où se trouve le premier-né, le peuple catholique, toujours en compagnie de son père, et, priant, maître de son héritage et en possession de son amour. Par une raison inverso, les schismatiques, qui semblent, plus que les hérétiques, rapprochés de la vraie Église, parce que leur symbole diffère peu du notre, en sont, au contraire, plus éloignés. Ils n'ont pas encore dissipé l'héritage paternel de la vraie foi, quoiqu'ils en aient déjà dissipé une grande portion; ils sont toujours en progrès de dissipation : mais, comme ils ont encore des vérités chrétiennes auxquelles ils croient, ils ont un aliment pour se nourrir. Ils oublient la maison paternelle; ils ne s’en souviendront que lorsque la faim les forcera à y penser, quand ils auront parcouru toute la carrière de l’erreur et qu'ils seront, eux aussi, tombés dans la misère d'un funeste déisme.
[41] Et cupiebat implere ventrem suum de siliquiis, et nemo illi dabat (Luc. xv).
[42] Regnabit in domo Jacob in aeternum (Luc. i).
[43] A Petro ipso episcopatus et tota auctoritas hujus nominis emersit (Apud Bellar.).
[44] Postt Christum a Petro coepit sacerdotalis ordo (Ibid.).
[45] Per duas has piscationes designantur duae Ecclesiae : Eccleeia praesens et Ecclesia quae est regnatura cum Christo (Expos, ex Aug.).
[46] Concluserunt multitudinem piscium copiosam (Tract. 122 in Joan.).
[47] Multiplicati sunt super numerum (Ps. XCIII)
[48] Laxate retia in capturam piscium.
[49] In ista piscatione non est prseceptum a Domino ut in dexteram vel sinistram partem mitti deberet rete, quia pressens Ecclesia bonos et malos indiscrète recipit; neque eligit, quia et quos eligere debeat, ignorat (Loco cit.).
[50] Mittite in dexteram navigii rete (Loco cit.)-
[51] Quia soli boni in vitatn asternam colliguatur (Bellarm., loco cit.)
[52] Simile est regnum caelorum sagenae missae in mare, et ex omni genere piscium congreganti (Matth. XIII, 47).
[53] Quam, cum impleta esset, educentes, et secus littus sedentes, elegerunt bonos in rasa, malos autem foras miseront (Ibid.).
[54] Sic erit in consummatione saeculi : exibunt angeli, et separabunt malos de medio justorum, et mittent eos in caminum ignis ; Ibi erit fletus et stridor dentium. — Intellexistis haec omnia (Ibid.)
[55] Ad te omnia caro veniet (Ps. xiv).
[56] Quam, cum impleta esset, educentes, et secus littus (Loco cit.).
[57] Timendum est hoc potius quam exponendum. Aperta enim voce tormenta peccantium dicta sunt, ne quis ad ignorante excusationem recurrat (Hom. 11).
[58] Ecce qui hic sibi delicias, pauperis fame et poenis praeparent alienis, quantum sibi ignem de exigua voluptate succendunt. Quam male stridet qui hic male ridet ! Et qui nunc malis pauperum gaudet, de eorum bonis tunc lugebit (Serm. 47).
[59] Pisces qui capti fuerint, mutari non possunt; nos autem mali capimur, sed in bonitate mutamur {Ibid.).
[60] Ibi erit fletus et stridor dentium (Matth. XIII, 50).
[61] Inter oves locum praesta, et ab haedis me sequestra, statuent in parte dextra. — Confutatis maledictis, flammis acribus addictis, voca me cum benedictis (Dies Irae).