ÉCOLE
DES MIRACLES
OU LES
ŒUVRES DU LA PUISSANCE ET DE LA GRACE DE JÉSUS-CHRIST,
FILS DE DIEU ET SAUVEUR DU MONDE
1857
Par le P. VENTURA de RAULICA
Homélie
La barque de Pierre[1]
OU L'UNITÉ, LA SAINTETÉ, L’INFAILLIBILITÉ DE L ÉGLISE
(Matth., c. IV ; Marc, c. I ; Luc, c. v; Joan, c. XXI.)
Si Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.
(Fer. III. post Dom. III. MATTH. XVII.)
Il ne faut pas oublier que le célèbre prédicateur prêchait dans la basilique du Vatican, par conséquent sous les yeux du Vicaire de Jésus-Christ, de l'Église même. Le lecteur a déjà compris de quelle autorité sont revêtues les vérités qu'il proclame si éloquemment. Que ces prédicateurs prudents, si réservés, quand il s'agit d'annoncer aux fidèles les privilèges et les gloires de Pierre et de l'Église, ne l'oublient jamais ! Le Père Ventura, dans les discours qui suivent et qui sont peut-être les plus beaux qu'il ait jamais prononcés, nous donne un admirable modèle d'exposition des vérités sur l'Église catholique. Puisse-t-il trouver beaucoup d'imitateurs! Qu'on nous permette de le dire: l'ignorance de ces vérités, occasionnée par une prudence toute humaine, a fait un mal immense. On le verra dans ces discours : les Pères de l'Église n'ont plus été nos modèles; nous avons cru devoir être plus sages que ces grands savants, sinon en laissant la lumière sous le boisseau, du moins en évitant de la présenter au peuple chrétien dans toute sa clarté, afin de ne pas éblouir des yeux habitués aux ténèbres! Et la parole de Dieu, devenue la nôtre seulement, a perdu sa divine efficacité pour devenir un airain, retentissant, plus ou moins au gré des mondains.
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C'est l'accusation et la condamnation de tous les hérétiques que le Sauveur du monde prononce aujourd'hui en ce peu de mots ; c'est leur péché et leur châtiment qu'il formule de la sorte. A vrai dire, les hérétiques judaïsent, puisque, au lieu de reconnaître l'Église, ils la méprisent, refusent d'admettre sa doctrine ; comme les Juifs dédaignent Jésus-Christ, le méconnaissent et ne croient pas en lui. Ainsi, comme il ne sert à rien aux Juifs d'admettre la loi, en reniant Jésus-Christ, la fin, la réalité, la solution divine des mystères, des figures et des énigmes de la loi[2]; de même il ne sert à rien aux hérétiques de confesser l’Évangile, en reniant l'Église du Dieu vivant, seule dépositaire fidèle, seule interprète infaillible, seule colonne et appui de toutes les vérités contenues dans l'Évangile[3]. Quoiqu'ils se disent chrétiens, on doit, selon une terrible sentence, les considérer comme des publicains, comme excommuniés et hors du christianisme : Si Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.
Comme saint Paul l'enseigne, si un voile impénétrable empêche les Juifs d'entendre les mystères de l'Ancien Testament, un voile impénétrable aussi cache aux hérétiques l'intelligence des mystères du Nouveau. Chose surprenante, mes frères! Ils ont continuellement l'Écriture entre les mains, et ni les uns ni les autres ne voient ce qu'il y a de plus clair dans l'Écriture : les Juifs n'y voient point Jésus-Christ, que le doigt de Dieu a dépeint, et par les faits et par les paroles, à chaque page de l'ancienne loi ; les hérétiques, de leur côté, n'y voient pas l'Église, que Jésus-Christ lui-même a décrite à chaque page de l'Évangile et par ses œuvres et par son langage. En effet, dit le savant Bède, qu'est-ce qu'expriment les prodiges que le Sauveur opéra sur la Barque de Pierre, sinon l'histoire de son Église, de tout ce qui est survenu jusqu'à présent, de ce qui s'y passe chaque jour et de ce qu'il y arrivera jusqu'à la fin du monde[4].
Les hérétiques n'y voient et n'y entendent rien, parce que leur bandeau ne tombera que lorsqu'ils rentreront dans l'Église, tout comme le voile des Juifs ne deviendra transparent que lorsqu'ils seront convertis à Jésus-Christ[5]. Et comme il faut avoir vu une personne une première fois pour pouvoir remettre ses traits, de même il faut auparavant avoir cru en Jésus-Christ et en son Église pour pouvoir les reconnaître l'un et l'autre dans les différents passages de l'Ecriture où ils sont dépeints.
Nous, mes frères, qui avons le bonheur de croire à cette Église, nous pouvons dire que nous avons déjà vu des yeux de la foi ses traits majestueux et enchanteurs, tous ses divins linéaments ; profitons de cette heureuse condition pour la reconnaître et la contempler dans le portrait fidèle tracé par Jésus-Christ, dans les grands miracles qu'il a opérés sur la Barque de Pierre, afin que de l'amour de l'Epouse nous puissions nous élever jusqu'à l'amour de l'Epoux, et que nous soyons remplis de sollicitude pour accomplir ce qu'elle prescrit, comme nous sommes heureux d'en professer la foi.
Et comme il n'est pas possible de développer dans un seul discours tous les mystères représentés dans ce prodige, nous nous bornerons ici à considérer, dans la Barque de Pierre, les trois grands caractères de l'unité, de l'infaillibilité et de la sainteté de l'Église, nous réservant d'expliquer, dans la suite, ses autres caractères, figurés dans cette mystérieuse nacelle.
Appelé à prêcher la divine parole dans cet auguste temple[6], dépositaire des ossements sacrés de Pierre et de la pierre sur laquelle tout l'édifice chrétien s'élève, c'est un devoir pour moi de consacrer quelques discours à l'exposition des privilèges et des grandeurs de l'Église de Pierre. Je le ferai donc dans un vrai transport de cœur, et vous m'écouterez, j'en suis sûr, avec une vraie dévotion.
PREMIÈRE PARTIE.
Le Fils de Dieu, dans le cours de sa vie et de sa prédication, ravissait les esprits et enchantait les cœurs, non-seulement par l'éclat de ses miracles et par la sublimité de sa doctrine, mais encore par l'amabilité de son visage, par la mansuétude de son regard, par la douceur de sa parole, par la grâce infinie de toute sa personne; c'est saint Chrysostome qui nous l'apprend[7]. Saint Jérôme, qui le tenait d'Origène, lequel l'avait reçu de la tradition, dit à ce sujet que la face adorable du Sauveur reflétait la splendeur et la majesté du Dieu caché sous les traits de l'homme[8].
Voilà pourquoi l'évangéliste dit, en annonçant le récit, que, le Sauveur se trouvant un jour près du lac de Génésareth[9], la foule s'attroupa autour de lui, se pressant à ses côtés, de toute part, pour écouter ses paroles[10]. Or le bon Maître, appréciant le désir de ce peuple avide de l'entendre, monta sur l’une des deux barques qu'il voyait amarrées au rivage (les pêcheurs à qui elles appartenaient étaient descendus à terre pour laver et raccommoder leurs filets), précisément sur celle qui appartenait à Pierre; puis il pria celui-ci d'éloigner sa nacelle quelque peu du bord, et, s'étant assis, il commença à instruire la foule déroulée sur les rives du lac[11].
« Quand il eut fini de parler : Ut cessavit autem loqui, » il dit à Pierre : « Pousse ta barque et dirige-la sur la haute mer ; déployez tous vos filets de pêche et jetez-les à l'eau : Duc in altum, et laxate retia vestra in capturant piscium. » « Maître, répondit Pierre, nous avons pêché toute la nuit dans les environs, et, malgré tous nos efforts, nous n'avons pu prendre un seul petit poisson. Mais, puisque vous me l'ordonnez, sur votre parole, je jetterai de nouveau mon filet, et serai assurément plus heureux[12]. »
L'excellent apôtre ne fut pas trompé dans son espérance. A peine eut-il jeté son filet, que celui-ci se trouva si rempli de poissons de toutes sortes, qu'il menaçait de rompre sous son propre poids. Les compagnons de Pierre, quoique nombreux, ne pouvaient le retirer, et durent appeler à leur aide les pêcheurs de l'autre barque ; puis, joignant leurs efforts, ils réussirent à ramener le filet, dont le contenu remplit les deux nacelles, à tel point qu'elles menaçaient de submerger sous leur charge[13].
Voilà, remarque saint Ambroise, un beau prodige ; une seule parole de Jésus suffit pour faire prendre une grande abondance de poissons dans un lieu où, malgré les efforts de toute une nuit, on n'avait pu en prendre un seul[14]. Mais il ne faut pas s'en étonner[15], ajoute saint Grégoire de Nysse : la parole de Jésus-Christ est la parole du Verbe éternel, et la parole du Verbe est toujours puissante de toute la puissance du Verbe[16].
Pierre et ceux qui montaient les deux barques restèrent frappés de stupeur durant cette pêche prodigieuse, accomplie si promptement sous leurs yeux[17]. Alors le premier, éclairé par cette lumière qui lui révéla plus tard la divinité de Jésus-Christ, guidé par l'instinct de son cœur rempli d'amour, élevé par la grâce qui lui faisait comme deviner les mystères; Pierre, dis-je, ne se trompe pas un instant sur l'auteur de ce prodige ; mais, tremblant et confus, balançant entre l'étonnement et la reconnaissance, entre la pensée de la grandeur de Dieu et le sentiment de sa propre indignité, il vint se jeter aux pieds du Sauveur. « Seigneur, dit-il, que faites-vous donc avec moi, qui suis un homme misérable et un grand pécheur? Ah ! Éloignez-vous, car Dieu et l'homme» la sainteté et le péché ne sont pas bien ensemble[18]. Voilà un admirable aveu, une confession sublime, s'écrie un interprète! Sans doute, c'était le Fils de Dieu qui opérait cet autre miracle ; cependant Pierre l'avait en quelque sorte mérité par sa récente obéissance : In verbum tuum laxabo rete; toutefois, il ne s'attribue rien, il renvoie toute la gloire au Sauveur, et il ne réserve pour lui-même que la confusion et l'humilité, en se reconnaissant et se déclarant pécheur[19]. Mais le bon Maître reprit aussitôt affectueusement ; «Ne crains pas, ô Pierre, ta misère et tes péchés n'empêcheront pas les desseins de ma miséricorde de s'accomplir en toi. De preneur de poissons, je te ferai pêcheur d'hommes. » D'après saint Matthieu, la même promesse fut faite par le Sauveur à André, à Jacques et à Jean, qu'il appela à sa suite pour les rendre pêcheurs d'âmes[20].
Jacques et Jean étaient accompagnés de Zébédée leur père ; ils avaient des capitaux engagés sur leur barque. Mais n'importe : ils renoncent à leur père, à leur nacelle, à tout ce qu'ils possédaient[21] ; puis, le disputant en générosité et en zèle à Pierre et à André d'un commun accord, ils tirent à terre l'esquif et ce qu'il contient, et quittent tout, sacrifient tout pour suivre Jésus-Christ[22]. C'est ainsi, remarque saint Cyrille, que la même parole qui fit jeter dans les filets des pêcheurs tant de poissons, pécha les pêcheurs eux-mêmes, en les attachant à la suite du Sauveur[23]. Celui-ci appelle les Alages à lui par le miracle de l'étoile, parce qu'ils étaient astronomes; il attira les Apôtres par le miracle de la pêche, parce qu'ils étaient pêcheurs. Il agit ainsi, dit saint Chrysostome, pour nous faire comprendre l'amoureuse économie de sa grâce : il veut triompher de notre cœur, le prendre par ses propres inclinations et par ses propres habitudes; il commence en quelque sorte par se soumettre à lui, pour ensuite s'en rendre maître[24]. Et ce second prodige est encore plus merveilleux que le premier; car ce fut certainement un plus grand miracle d'avoir, en un seul instant, détaché ses disciples du monde, que de leur avoir fait prendre tant de poissons.
Tout ce récit est mystérieux, figuratif et prophétique, comme le proclame le témoignage unanime des Pères, des docteurs, des interprètes et des théologiens. En effet, la mer de Génésareth signifie le monde, et les poissons, les hommes qui, durant cette vie, nagent dans cet océan. C'est l’interprétation de saint Ambroise[25]. Les filets représentent heureusement la prédication, parce que le discours oratoire est composé de paroles, de phrases et de sentences liées, cousues entre elles comme les mailles différentes d'un même filet[26]. Ce sont les propres expressions d'Haimon (évêque d'Haberstat au IXe siècle, disciple d'Alcuin, qui siégea au concile assemblé à Mayence en 858, et mourut le 25 mars 863). Ils indiquent donc bien la prédication de l'Évangile, dont la doctrine céleste attire les esprits, enlace les cœurs et rend l'âme fidèle captive de Dieu[27]. Ainsi s'exprime le Vénérable Bède, il dit encore que comme le rets tire son nom du mot retenir, parce qu'il retient les poissons qu'il prend, de même, et beaucoup mieux, la prédication évangélique, non-seulement attire les âmes, mais les retient dans la foi, afin qu'elles ne se perdent pas.
Qu'on ne croie point que ces interprétations des Pères ne soient que de pieux commentaires, formulés arbitrairement ; car, continue le même interprète, c'est Jésus-Christ lui-même, l'auteur du miracle, qui nous en a révélé le sens allégorique et le mystère. N'a-t-il pas dit à Pierre : « Désormais, tu deviendras pécheur d'hommes. » Or cela, évidemment, signifie que la pêche miraculeuse du lac fut, dans les vues de son infinie sagesse et sa grande bonté, la figure prophétique de la pêche infiniment plus importante des âmes ; que l'heureux filet de Pierre symbolise la prédication par laquelle l'apôtre saurait sous peu attirer les hommes, et que ce qui arrive aujourd'hui dans sa barque est l'histoire et la description anticipées de ce qui devait bientôt avoir lieu dans la vraie Église[28]. C'est à la clarté de cette divine lumière, donnée par le Sauveur lui-même, que nous essayerons d'étudier et de pénétrer ces sublimes mystères.
Et d'abord, écoutons Bède. Dans ces différentes foules de peuple qui se pressent aujourd'hui autour du Sauveur, pour entendre sa sainte parole, sont figurées les diverses nations, particulièrement les Gentils, qui, au temps de la venue du Rédempteur, avaient le plus grand besoin d'être instruits et qui désiraient et cherchaient partout et avec un désir ardent l'Envoyé de Dieu, pour en recevoir la connaissance et la foi des vérités célestes[29].
Les deux barques que le Sauveur trouva près du rivage, marquent la réunion des deux peuples juif et gentil. C'est avec une intention réfléchie que l'évangéliste dit : « Jésus-Christ les vit ; » car voir, pour Dieu, est la même chose que discerner les bons des méchants, ses disciples de ses ennemis ; dans l'un et l'autre peuple il connut donc et choisit, comme il a été prédit dans les Ecritures, ceux qui devaient être les siens[30].
Ces barques étaient vides; leurs maîtres, pêcheurs de profession, étaient descendus à terre, et là ils étaient occupés à laver et à réparer leurs filets. Or, cette circonstance exprime au vif l'état de corruption dans lequel étaient tombés les Pharisiens : l'esprit de cupidité, de sensualité où gisaient les docteurs, les prêtres, les guides spirituels du peuple chez les Juifs, comme nous l'avons vu ailleurs, aussi bien que chez les Gentils, au temps de la venue du Sauveur. Ces docteurs prétendus, en effet, oubliaient le ciel; ils étaient descendus à terre, ils ne s'occupaient plus que des intérêts matériels; ils s'efforçaient, comme ils pouvaient, d'orner, par leurs idées, leurs maximes et leurs principes charnels, leur langage, véritable filet au moyen duquel ils attiraient les hommes à leur secte, à leurs opinions, et finalement pour l'avantage de leurs intérêts particuliers, au lieu de travailler à leur bien spirituel et céleste ; si bien que les deux barques ou les deux peuples étaient comme sans maîtres et sans pilotes, abandonnés à tout vent de doctrines et aux flots des plus honteuses passions.
Mais voici le mystère le plus agréable pour-nous: entre les deux barques, Jésus-Christ choisit celle de Pierre. Or la barque de Pierre, continue l'interprète, figure en premier lieu l'Église naissante[31]. Il est dit que cette heureuse barque est UNE : In UNAM navem, parce que, selon le récit de saint Luc, dans la primitive Église, la multitude des croyants ne formait qu'une seule et même famille, n'ayant qu'un cœur et qu'un esprit[32]. L'autre barque appartenait à Zébédée, et c'est de celle-ci que Jacques et Jean sont appelés. Maintenant que nous avons entendu Bède, écoutons saint Ambroise. La nacelle de Zébédée, dit-il, figure la Judée. Jacques et Jean, qui se réunissent au Sauveur, en passant de leur barque dans celle de Pierre, montrèrent dès lors que ceux qui appartenaient encore à la Synagogue judaïque et à Israël, devaient se réunir aux Gentils dans l'Église où Pierre préside, et ne former ainsi qu'un seul peuple[33].
Ce Jésus-Christ, qui monte sur une seule barque: Super UNAM navem, qui appelle les patrons de la nacelle voisine dans celle où il se trouve, et qui de deux navires n'en fait qu'un seul, est le même Jésus-Christ qui déclare, dès ce moment, que l'Église dans laquelle il se trouvera aura pour premier caractère l'unité ; car, sous le gouvernement d'un Dieu un, il ne peut y avoir qu'un seul symbole, qu'une seule loi, qu'un seul culte, qu'une seule religion, qu'une seule Église.
Or, où se trouve cette précieuse unité, ce caractère indélébile, essentiel de la vraie Église? Les peuples idolâtres, s'ils sont coupables du même crime de l'adoration des créatures, s'ils injurient de la sorte le Créateur de la même manière, sont néanmoins divisés entre eux par une variété infinie de cultes honteux, cruels et absurdes. Les Juifs dispersés sur la surface du globe croient tous à Moïse et à sa loi; ils sont toutefois divisés eu autant d'écoles qu'il y a de synagogues; chacune de celles-ci entend cette loi à sa mode et la pratique comme elle l'entend; ils n'ont de commun qu'un déisme plus ou moins grossier, la circoncision, l'esprit d'intérêt et la haine de Jésus- Christ. Les Mahométans se vantent de croire à Mahomet et au Coran ; mais ils forment autant de sectes qu'il y a de chefs politiques auxquels ils obéissent; ils n'ont de commun entre eux que leur amour effréné des plaisirs de la chair et leur mépris pour les chrétiens. Imitateurs des Juifs et des Mahométans, les peuples, séparés de nous par le schisme ou l'hérésie, disent qu'ils croient à Jésus-Christ et à l'Évangile ; mais ils n'ont d'autre unité, d'autre fraternité que la fraternité de la haine et de l'injure contre l'Église catholique. Au reste, qui dit hérésie dit opinion particulière, privée; qui dit hérésie dit multiplicité, variété, discordance dans la foi ; qui dit hérésie dit chaos, Babel, confusion. En effet, les hérétiques comptent autant de sectes, non-seulement diverses, mais contradictoires et rivales, qu'il y a dans le monde d'Etats non catholiques ; bien plus, qu'il y a de familles dans chacun de ces Etats, ou plutôt qu'il y a d'individus dans chacune de ces familles: ce n'est même pas assez; autant qu'il y a dans chaque individu de manières d'opérer dans les divers âges, dans les diverses conditions de la vie, d'après les études et les lectures différentes. Où est donc, hors de l'Église catholique, l'unité de caractère de l'Église de Jésus-Christ?
Le protestantisme, en particulier, s'est défini lui-même : La religion dans laquelle l'on croit ce qui plait à chacun, et dans laquelle Von vit comme on croit. Chaque individu des sectes protestantes a su propre manière de penser, par suite sa propre religion. Il n'y a pas, dans ces sectes, deux manières de croire qui soient conformes, comme il n'y a pas deux visages semblables. Cependant, là où le symbole de l'hérésie forme une partie de la constitution de l'État, ce symbole présente une espèce d'unité extérieure. Mais, dans ces pays mêmes où tous le professent, tous le jurent, aucun ne le croit. L'unité qui en résulte est purement politique dans son principe, extérieure dans ses formes ; elle n'a d'autre garantie que la force, d'autre ressort que l'intérêt. Et, sous le voile trompeur de cette unité, toute de convention, de cérémonies et d'apparence, combien se cachent de manières diverses de croire? C'est le cadavre qui semble encore conserver l'unité vitale du corps hu main, tandis que des milliers de vers attaquent déjà les jointures des membres, se cachent dans les pores, rongent tout à leur aise le squelette qu'ils finissent par anéantir.
Où se trouve donc, encore une fois, l'unité,caractère de la vraie Église? Ah! elle n'est que dans 1'Église catholique; elle seule présente, en effet, le majestueux spectacle de plusieurs centaines de millions d'hommes dispersés sur toute la surface du globe, séparés les uns des autres par un immense espace de terre et de mer, et par les différences encore plus grandes de génie, d'habitudes, de constitutions politiques et littéraires, et qui cependant professent le même symbole dans leurs langages si divers, observent la même loi au milieu de leurs coutumes si disparates, offrent à Dieu le même sacrifice dans des rites si variés. Hélas! Hors de cette Église, il n'y a que membres desséchés, qu'ossements arides! Les Catholiques forment seul un corps plein de force, de santé et de vie, parce qu'il est seul animé par l'Esprit de Dieu, le seul vivificateur. Il n'y a, hors de l'Église, comme le remarque saint Cyprien, que des flambeaux apparents, qui, grâce à mille artifices, donnent une lumière qui éclaire peu, mais qui coûte beaucoup. La seule Église catholique est une, comme la lumière du soleil est une, quoique ses rayons soient infinis et se prolongent à travers l'espace. Hors de l'Église, il n'y a que des branchages brisés, que des rameaux séparés de la vigne, bois aride gisant de tous côtés sur le sol. La seule Église catholique est une, comme un est l'arbre dont les racines sont fermes, le tronc solide, quoique ses branches s'étendent au loin et au large de tous côtés autour de lui[34].
Mais la barque de Zébédée a aussi des marins et un pilote; elle a aussi part à la pêche et se remplit de poissons jusqu'aux bords. Cela voudrait-il dire que les Églises, hors de l'unité catholique, participent aussi aux mêmes grâces et attendent les mêmes récompenses? Non, non, il n'est pas ainsi. La barque de Zébédée ne s'éloigne du rivage qu'en compagnie de celle de Pierre. Ses bateliers sont appelés compagnons par les bateliers de celle-ci : annuerunt sortis, et ils concoururent à retirer les filets. Les deux barques font le même chemin, respectent le même signe, obéissent au même chef et travaillent à une même œuvre. Elles ne sont distinctes que matériellement ; en réalité, elles ne forment qu'une seule barque: super unam navem. De même, il y a deux Églises principales : l'Église grecque unie, et l'Église latine; l'Église d'Orient et l'Église d'Occident. Bien plus, il y a autant d'Églises catholiques diverses qu'il y a de diocèses dans la Catholicité. Mais toutes ces Églises sont en communion, en société, en unité de foi et d'œuvre avec Pierre ; elles le reconnaissent pour chef suprême et universel; elles dépendent de lui et lui obéissent ; à un seul signe de sa main[35], elles se réunissent ensemble pour jeter ou tirer le même filet ; c'est-à-dire, comme l'expliquent les Pères, que les prêtres et les évêques de toutes les Églises travaillent de concert à étendre l'œuvre de la religion, à annoncer au monde les mêmes vérités et à condamner les mêmes erreurs[36]. C'est donc dire que toutes les Églises catholiques travaillent à la même pêche des âmes, emploient les filets de la même prédication, administrent les mêmes sacrements et tendent à la même fin. Elles ne sont, par conséquent, distinctes que parle nom et le lieu; en réalité, elles ne forment qu'une seule Église. Ces deux barques, qui se réunissent en ce jour en une seule, nous apprennent donc, selon la remarque d'Origène, que nous, qui professons la vraie foi, nous avons tous le bonheur, en naviguant sur la mer orageuse de ce monde, d'être dans la nacelle de la sainte Église, en compagnie de Jésus-Christ[37]. Elles nous font connaître qu'il n'y a plus deux peuples, mais un seul peuple : qui fuit utraque unum;qu'il n'y a pas deux arches, mais une seule arche, dans laquelle le vrai Noé est entré avec sa petite famille ; qu'enfin, de même qu'il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême, il n'y a qu'une seule Église, et que quiconque est hors de son sein, n'échappe pas au naufrage éternel.
C'est dans une pensée très-mystérieuse que, dans ce même passage, l'évangéliste, après avoir dit que Jésus-Christ monta sur une seule barque : super unam navem, a expressément observé que cette barque, à laquelle se réunit celle de Zébédée, était la barque de Simon Pierre : Et hic erat Simonis. L'Esprit-Saint, dit saint Ambroise, a voulu nous déclarer parla que la nacelle mystérieuse, dans laquelle Jésus-Christ habite exclusivement, est la nacelle dont Pierre est le chef et le maître[38] ; c'est-à-dire, que l'Esprit-Saint a voulu montrer non-seulement que l’UNITÉ est le caractère de la vraie Église, mais que Pierre est le lien mystérieux, le fondement de cette précieuse UNITÉ.
Or, Jésus-Christ n'a pas établi son Église pour un temps, mais elle doit durer jusqu'à la consommation des siècles : usque ad consummationem soeculi. Lors donc qu'il dit à Pierre : «J'édifierai mon Église[39],» il est de la dernière évidence qu'il ne fit pas allusion seulement à la durée de la vie de Pierre et à sa seule personne; un homme mortel, en effet, ne pouvait être appelé le fondement d'une Église immortelle. Jésus-Christ parlait donc de la dignité du suprême pontificat de Pierre, qui ne devait jamais finir. En parlant à la personne de l'apôtre, dit saint Chrysostome, Jésus-Christ parla à tous ses successeurs ; à ceux-ci, non moins qu'à Pierre, il confia le soin de toutes ses brebis[40]. Celui, d'ailleurs, qui a donné un roi à chaque peuple[41], ne pouvait manquer de donner un chef suprême à son Église. S'il n'y a pas de corps sans tête, de famille sans chef, d'armée sans général, de vaisseau sans pilote, de troupeau sans pasteur, d'édifice sans fondement, comment y aurait-il une Église sans pontife suprême? Les évêques, sans la communion avec le souverain Pasteur et hors de sa juridiction, seraient chefs absolus et indépendants. Or, chaque société qui a un chef indépendant et absolu est une société une, réellement distincte des autres. Il n'y aurait donc plus alors l'Église uney mais des Églises multiples, autant qu'il y aurait d'évêchés. Cependant Jésus Christ n'a pas institué des Églises, mais l’Église qu'il appelle SIENNE : Ecclesiam MEAM ; il a prié son Père afin que ses disciples formassent, non pas des assemblées séparées, mais un seul corps, une seule famille, une seule armée, un seul royaume de Dieu sur la terre, un seul édifice, une seule barque, une seule Église, en un mot, dans la mystérieuse unité de la grâce, comme il est lui-même le Verbe, au sein de son Père, dans une parfaite unité de nature[42]. Donc il a dû préposer à cette Église Un pontife souverain, terrestre et visible comme elle; un chef unique, par lequel l'Église est UNE.
Or, quel est ce chef? Où est-il? Où réside-t-il? Peut-être à Constantinople? À Saint-Pétersbourg? À Berlin? À Genève? À Londres? Hélas! Les hérétiques eux-mêmes ont mieux aimé dire que le souverain Pontificat, ou n'a pas été conféré à Pierre par Jésus- Christ, ou qu'il a fini avec Pierre, plutôt que d'admettre l'une de ces absurdités, tout en niant qu'il réside à Borne. Opinion très-absurde, du reste, parce que, de cette manière, ils nient dans l'Église chrétienne le pontificat perpétuel et successif qu'ils reconnaissent dans la Synagogue judaïque, et ils refusent d'accorder à la réalité ce qu'ils concèdent à la figure, puisque saint Paul nous apprend que l'antique sacerdoce était le symbole du nouveau.
Puisqu'un suprême Pontificat a été établi par Jésus- Christ et a été réellement conféré pour la première fois à saint Pierre, il est clair et évident que son successeur en hérite. Le pontife qui occupe le poste de Pierre et lui succède dans le siège de Borne, lui succède donc dans la sublime dignité de chef de l'Église.
Le Pontife romain est donc, comme l'appellent unanimement les Pères et les Conciles, le Vicaire de Jésus-Christ, le Père des pères, l'Évêque des évêques, le Maître des maîtres, le souverain Prêtre des chrétiens, le grand Président, le Juge suprême, le Recteur, le Pasteur universel, la pierre fondamentale de l'Église de Jésus-Christ, et, à cause de tout cela, le centre et le soutien de l’unité catholique.
Et, de fait, la multitude des Églises répandues dans le monde sont unies entre elles, parce qu'elles fixent leurs regards sur Pierre, et elles sont unies à celui-ci, parce qu'elles reçoivent de lui leur juridiction, qu'elles l'exercent sous sa dépendance et lui en rendent raison : c'est à cette seule condition qu'elles forment l’Église une, qu'elles représentent la barque de Pierre où est Jésus-Christ.
Les Églises grecques schématiques sont la barque de Photius; les Églises dites réformées, celle de Luther; les Églises évangéliques, celle de Calvin; les Églises anglicanes, celles d'Henri VIII et d'Elisabeth, parce qu'elles ont les doctrines et l'esprit de ces hérésiarques! Loin donc d'être la barque de Pierre, elles se font au contraire la guerre; elles réunissent leurs efforts diaboliques pour lui donner la chasse infernale, pour la surprendre, pour la démanteler, pour la couler à fond. Les choses allant évidemment de la sorte, il n'en faut pas davantage pour conclure que Jésus-Christ, le vrai patron de la barque de Pierre, n'est point dans les nacelles ennemies; qu'en un mot, l'Église qui reconnaît pour chef le Pape est unie à la chaire de Pierre, en dépend, en retient, dans son intégrité et dans sa pureté, la foi ; que cette Église seule est la vraie barque de Pierre, dans laquelle Jésus-Christ vit[43] et a promis de demeurer jusqu'à la fin du monde[44].
Continuons. Lorsque notre divin Sauveur fut dans la barque de Pierre, il la fit quelque peu éloigner de terre : a terra reducere pus illum. Par là, il voulut montrer, d'une part, que l'Église devait s'éloigner des intérêts et des maximes terrestres ; et, de l'autre, que lui-même, par son ascension au ciel, s'éloignerait de ce monde, mais fort peu et pour très-peu de temps, pusillum. S'il devait, en effet, s'en éloigner d'un côté, il devait y rester, de l'autre, avec son esprit; s'il s'en retirait d'une manière visible, il devait y demeurer invisiblement par sa doctrine, par sa grâce et principalement par la présence réelle de son corps adorable dans la divine Eucharistie.
Remarquons encore cette autre circonstance : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, ne donne pas un ordre à Pierre, à l'homme, mais il lui adresse une prière; il le prie d'éloigner sa barque de la terre : Rogavit eum a terra reducere. C'est qu'il voulait enseigner à ses apôtres et à tous leurs successeurs qu'en attirant les hommes des choses terrestres à celles du ciel, ils ne devaient pas employer la force brutale, mais plutôt la douce persuasion et même l'humble prière : il révéla quel est l'esprit et quels sont les moyens de la prédication évangélique et du ministère ecclésiastique. C'est pourquoi saint Paul, qui s'était formé à cette école, dit ceci aux Gentils : «Nous, apôtres, nous avons une légation à remplir auprès de vous, au nom de Jésus-Christ : c'est de vous supplier de vous réconcilier avec Dieu[45].»
Donc le divin Maître, assis sur la barque de Pierre, à quelque distance de terre, instruisait la foule qui l'écoutait du rivage. Voilà, dit Haimon, d'après saint Augustin, voilà le ministère toujours permanent que Jésus-Christ, même après avoir quitté la terre par son ascension, a continué jusqu'à ce jour et continuera encore du haut de la barque de Pierre, c'est-à-dire, par la voix et l'autorité du Pape et de l'Église, pour instruire et éclairer le monde[46]. Théophile fait ici cette gracieuse réflexion : Le divin Maître, accueilli avec tant de bonté par Pierre, qui lui facilita de la sorte le moyen de prêcher le peuple de la Galilée, ne le quitta sans doute point sans le récompenser. Or cette récompense, toujours permanente, consiste à continuer de prêcher sans interruption la terre du haut de la chaire de Pierre.
Cette figure, en vérité, est à la fois délicieuse et magnifique. La barque d'où vient la parole qui instruit la foule répandue sur le rivage, est celle du grand apôtre ; mais cette parole sort de la bouche de Jésus-Christ. Or, de même c'est de l'Église fondée sur Pierre, de cette Église à laquelle ce dernier préside toujours par ses successeurs; c'est, dis-je, de la chaire de Pierre que retentit la doctrine évangélique, la parole de vie se répandant sur le monde; mais cette parole sort de la bouche de Jésus-Christ toujours assis sur la nacelle symbolique ; et, quoiqu'elle soit articulée par l'homme, elle est verbe de Dieu. Est-il possible, mes frères, de prouver plus clairement par le langage, ou par tout autre moyen, la divinité de la doctrine de l'Église catholique ? Par le seul fait que raconte l'Évangile, mieux peut-être que par de longs discours, il nous est démontré, comme le dit le savant Bellarmin, que Jésus-Christ se trouve et enseigne seulement dans l'Église, dont Pierre est le chef suprême[47]. Ainsi, nous pouvons le dire avec un interprète, quand, dans la sainte Église, l'évêque ou le prêtre prêche l'évangile de saint Matthieu, ou de saint Marc, ou de saint Luc, ou de saint Jean, ce n'est pas l'homme, mais c'est Jésus-Christ qui instruit le monde par l'autorité donnée à Pierre et par le ministère qu'il a lui-même établi à la naissance de l'Église[48].
Bien au contraire, dans les Églises que, pour leur très-grand malheur, l'hérésie et le schisme ont séparées de nous, si l'on y prêche les évangiles, ce ne sont point les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, de saint Jean; ce sont plutôt les évangiles selon Photius, Luther, Calvin et Henri VIII Ce ne sont point les évangiles que l'Église, dépositaire infaillible des traditions de leurs auteurs, a expliqués, reconnus et maintenus dans le saint Concile de Trente ; ce sont ceux qu'ont interprétés, je voulais dire altérés et corrompus, les conciliabules, les synodes des Grecs schismatiques, les téméraires hérésiarques de la Germanie dans leurs confessions, ou les parlements anglais dans leurs XXXIX articles. Et lors même que, dans ces Églises dégradées, on lirait par hasard l'Évangile dans la pureté de son texte primitif, la lettre de cette parole serait, à la vérité, matériellement divine, puisqu'elle serait tirée du véritable Évangile ; mais l'enseignement serait toujours humain, étant privé de la grâce de Dieu. Oui, Jésus-Christ ne prêche point de ces barques aventureuses, parce qu'il n'y est pas en la compagnie de Pierre ; c'est plutôt, c'est Satan qui y mugit, Satan, présent toujours aux côtés des hérésiarques, qui les gouverne.
Combien donc sont insensés ou méchants, ou l'un et l'autre tout ensemble, les hérétiques, quand ils nous reprochent, à nous catholiques, de croire d'une foi divine à la parole de l'Église et de son chef, parole, selon eux, purement humaine! Sur ce point encore les hérétiques judaïsent. Ils imitent, en effet, les Juifs, accusant les chrétiens d'adorer un homme, en rendant à Jésus le culte gui n'est dû qu'à Dieu ; ils ont la même mauvaise foi pour principe, font la même fausse supposition ; ils méritent donc la même réponse, ou plutôt le même mépris. Les Juifs supposent que Jésus-Christ est un simple homme, afin d'accuser d'idolâtrie les chrétiens qui lui rendent les honneurs divins; de même les hérétiques supposent que le successeur de Pierre est un maître faillible comme tout autre maître, afin d'accuser les catholiques de stupidité, parce qu'ils croient en lui d'une foi divine. Or Jésus-Christ, par sa prédication sur la barque de Pierre, convainc à l'avance de fausseté cette supposition des hérétiques, et nous fait connaître d'une manière sensible que c'est de l'Église romaine, du siège du Pape, de la chaire, que lui-même, Fils de Dieu, instruit le monde par l’organe de l'homme.
Pour nous catholiques, lorsque nous croyons au Souverain Pontife, qui n'invente ni les dogmes qu'il faut croire, ni les diverses règles de morale qu'il faut suivre ; mais qui, avec l'aide de l'Ecriture, dont il est l'interprète fidèle, et de la tradition, dont il est le gardien vigilant, décide quelles sont les vérités que Dieu nous ordonne de croire et de pratiquer; quand nous catholiques, dis-je, nous croyons au Souverain Pontife, nous ne croyons pas à un maître qui ressemble aux maîtres de la terre : nous croyons au maître à qui le Fils de Dieu a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église[49]. » Cela signifie, comme l'explique saint Grégoire de Nazianze, que l'Église est fondée sur la foi de Pierre, comme sur un roc immobile[50] ; ou, selon la pensée de saint Athanase, que les colonnes de l'Église, les évêques, s'appuient sur la foi de Pierre comme sur un fondement inébranlable[51]. Nous croyons à un maître auquel Jésus-Christ a dit : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'édifice élevé sur toi.» Origène reconnaît que, par ces paroles, il a été accordé à Pierre non-seulement un privilège personnel, celui de ne jamais perdre personnellement la foi ; mais de plus un privilège attaché à sa dignité, qui l'empêcherait, comme Pontife, de jamais enseigner Terreur, de sorte que l'hérésie ou le mensonge, qui sont les portes de l'enfer, ne corrompront jamais, d'après cette promesse, sa doctrine. Si Pierre, en effet, pouvait enseigner l'erreur, les portas de l'enfer prévaudraient contre lui, partant contre l'Église universelle, qui est fondée sur sa personne[52].
Nous croyons encore à un maître auquel Jésus- Christ a dit : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaillisse jamais. Lors donc que tu seras converti, je t'ordonne de confirmer par ta foi tes frères dans la leur[53]. » Ces paroles, remarque saint Léon, signifient clairement qu'en priant pour la foi seule de Pierre, Jésus a suffisamment pourvu au maintien de celle des autres (le péril de la tentation devait être commun à tous), et que la foi de Pierre, comme chef et comme pontife, ne faillirait jamais[54]. Enfin, nous croyons à un maître auquel Jésus-Christ a dit : « Si tu m'aimes, Pierre, pais mes agneaux, pais mes brebis[55]. » Il faut entendre par ce texte, dit saint Chrysologue, que c'est à Pierre que le soin d'instruire toute l'Église a été confié et que Pierre, toujours vivant sur son siège et toujours vigilant, sait tracer une règle toujours sûre, distribuer une doctrine toujours salutaire non-seulement aux agneaux, mais encore aux brebis, non-seulement aux fidèles, mais encore aux évêques, par lesquels les fidèles sont engendrés à Jésus-Christ[56].
Donc, de même que les chrétiens adorent en Jésus-Christ non pas l'homme, mais l’homme-Dieu; pareillement les catholiques ne voient pas un maître ordinaire dans le successeur de Pierre, mais un maître miraculeusement infaillible : ils croient à l'oracle des jours anciens et aux promesses divines; ils croient à la puissance du Verbe éternel. Ils savent que si Dieu a pu sanctifier la parole profane d'un Balaam, imposteur idolâtre, et la conserver pure; que s'il a pu confiera Caïphe, pontife impie, l'interprétation de la loi et la faire maintenir intacte, il a pu accorder, à plus forte raison, comme il l'a fait réellement, à son auguste Vicaire sur terre le haut privilège d'expliquer infailliblement l'Évangile, et le rendre, par l'assistance de sa grâce comme pontife, toujours véridique et toujours fidèle.
Qu'importe donc, s'écrie saint Augustin, si, clans le cours des siècles, il s'introduit dans la série des Souverains Pontifes un pasteur infidèle ! L'Église n'en recevra aucune atteinte essentielle, et, pour cela, ses fils n'en courront aucun péril. Ce Dieu, qui a dit des mauvais supérieurs : « Pratiquez ce qu'ils vous disent, et ne vous inquiétez pas de ce qu'ils font, » a pourvu à ce que nul de ces Pontifes n'enseignât l'erreur et, n'entraînât l'Église à se briser aux écueils d'un schisme sacrilège. En effet, la sécurité des fidèles, eu croyant à renseignement de Borne, ne se fonde point sur l'autorité de l'homme, qui peut errer, mais sur la providence de Dieu, qui lui vient en aide afin qu'il n'erre point[57].
Que nous atteste, d'ailleurs, l'histoire catholique? Elle proclame que, tandis que toutes les Églises fondées par les apôtres, comme celle de saint Jean à Ephèse, celle de saint André en Scythie, celle de saint Jacques à Jérusalem, celle de saint Matthieu en Ethiopie, celle de saint Marc à Alexandrie, sont tombées dans l'erreur, se sont livrées d'elles-mêmes aux portes de l'enfer (leurs fondateurs n'avaient point les promesses divines faites à Pierre); tandis que toutes ces Églises se sont ensevelies dans l'abîme de l'erreur, le siège seul de Pierre à Rome, dit saint Grégoire de Nazianze, a conservé et enseigné la vérité toujours pure, toujours sincère, telle qu'il l'a reçue des temps les plus reculés. Placé par Dieu à la tête des Églises dispersées par tout l'univers, il était nécessaire que ce siège au moins conservât dans son intégrité la vraie foi[58]. C'est ce qui faisait dire à saint Cyprien que Rome est la seule Église dans laquelle, tout accès à l'hérésie est interdit pour toujours[59].
L'histoire nous apprend en outre que, dans l’espace de dix-huit siècles, jamais une parole profane ou erronée n'est tombée de la bouche des Souverains Pontifes; elle nous fait connaître qu'ils ont continuellement enseigné la vérité, encouragé la vertu, réprimé le vice, condamné l'erreur. Elle nous atteste enfin que, non-seulement dans les siècles qu'illustrèrent les deux Grégoire, les plus grands de ce nom, le premier et le septième, mais dans ceux encore où la conduite de certains Papes ne fut pas très exemplaire, leurs décisions dogmatiques restèrent cependant conformes à la tradition et à l'Évangile. Si leur vie montra qu'ils étaient hommes, leur doctrine prouva qu'ils étaient les vicaires de Dieu ; s'ils se courbaient d'un côté vers la terre, ils parlaient de l'autre le langage du ciel: jamais les passions, qui parfois se traînèrent autour de la chaire éternelle, n'ont obscurci la vérité.
Or, ce fait unique dans l'histoire du monde, ces hommes si différents par leur origine, leur science, leur aptitude, leur caractère, sujets aux passions et aux illusions de l'esprit comme les autres hommes ; exposés au choc de doctrines, d'intérêts si divers et à l'entraînement des plaisirs terrestres; ces hommes si unanimes pourtant durant le cours de dix-huit siècles, pour donner un enseignement orthodoxe, pour parler avec un accord si constant, qu'on les eût jugés un seul homme, une seule âme, une seule bouche; ce fait, évidemment miraculeux, puisqu'une pareille harmonie est hors des conditions dé l'humanité ; ce fait, digue de l'admiration des philosophes et de la vénération des chrétiens, est une preuve sensible, palpable, évidente, que c'est la même lumière qui les a guidés, le même Esprit qui les a inspirés, le même Verbe qui les a fait parler, et que cette lumière, cet Esprit, cette parole, en un mot que cette assistance est et ne peut être que surnaturelle et divine;elle n'est et ne peut être que l'assistance de Jésus-Christ. Ainsi, quand le Souverain Pontife, de sa Chaire, enseigne comme docteur de l'Église universelle, c'est encore Jésus-Christ qui, de la barque de Pierre, enseigne le monde; c'est sa lumière qui éclaire, sa sagesse qui instruit, sa vérité qui se manifeste aux hommes ; c'est sa parole qui se fait entendre et à l'esprit et au cœur : donc, croire à l'enseignement du Pape, c'est croire à l'enseignement de Jésus-Christ, dont le Pape est f interprète infaillible, l'organe fidèle. Oh ! Précieux privilège, conclurai-je avec saint Cyrille! Ô gloire ineffable de l'Église apostolique de Pierre ! Tu es la seule qui, selon les promesses du Très-Haut, reste toujours vraie, immaculée, te balançant avec majesté au-dessus des flots infectés de l'hérésie : ni leur courroux, ni leur profondeur ne sauraient empêcher ta course. Et, tandis que les autres Églises sont forcées de jeter sur elles-mêmes un regard de honte, pour les erreurs dans lesquelles elles sont misérablement tombées, fière de ton passé intact, toi, la seule fondée sur le roc de Pierre, tu règnes, ô Église romaine! Avec gloire et splendeur; tu fermes la bouche aux novateurs, tu imposes silence aux erreurs, au nom de la vérité dont tu demeures toujours l'infaillible interprète. Que nous sommes donc heureux, nous catholiques, fils obéissants de cette Église! Nous sommes les seuls qui, en elle et par elle, conservons, confessons et prêchons l'Évangile dans son intégrité originale, et la tradition apostolique dans sa sincérité et dans sa pureté!
Lorsque notre divin Sauveur eut cessé de parler au peuple, la barque de Pierre reprit sa course sur la haute mer et commença la pêche miraculeuse. Nous expliquerons, dans la suivante homélie, le mystère signifié par cette pèche. Remarquons seulement que cette barque, courant sur la mer de Tibériade, est encore une figure de l'Église catholique. Origène, saint Hilaire, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, saint Léon, saint Grégoire, le Vénérable Bède, en un mot tous les Pères, tous les docteurs et tous les interprètes sont unanimes dans cette interprétation. L'un d'eux dit spécialement qu'il est certain que cette barque symbolisait l'Église dans son pèlerinage à travers le monde, attendu que c'est de cette Église que l'Esprit-Saint parle, quand il dit, par la bouche de Salomon: « Elle est devenue semblable à la barque d'un marchand qui apporte de loin son pain[60] . Beau symbole, en vérité!
L'Église est réellement un navire de négoce, courant sur la mer, dans la personne de ses missionnaires et de ses apôtres, autour du monde. Elle aborde aux rivages les plus reculés et les plus barbares ; ses objets de négoce, c'est son pain;pain délicieux, fortifiant et substantiel, mais nouveau, inconnu sur la terre, possédé par elle seule, qui l'a chargé sur sa carène dans une bien lointaine région, c'est-à-dire au ciel ; c'est le pain de la vérité, aliment nécessaire de l'intelligence ; c'est le pain de la grâce des sacrements ; c'est le corps et le sang de Jésus-Christ; pain divin, d'un prix inestimable et d'une valeur infinie, avec lequel Jésus a racheté nos âmes et enrichi l'univers.
Oh! Navire vraiment magnifique et céleste! Son grand mât, élevé comme la nue, c'est le bois salutaire de la croix; à ce mât se déploient les voiles de la doctrine évangélique, qu'enfle et pousse la vivifiante haleine de l'Esprit-Saint ; son gouvernail, c'est la foi; son capitaine, c'est Jésus-Christ ; son pilote, c'est Pierre et les autres apôtres qui naviguent en sa compagnie; ses rameurs, ce sont les anges; ses passagers, ce sont les fidèles et les saints : il vogue ainsi à travers la mer du siècle; sa course sera toujours bonne; là-bas le port s'ouvre, c'est le paradis, où il fera sa station permanente dans la bienheureuse éternité.
Mais quelles sont ces barques qui fendent aussi la mer avec lui, s'efforçant vers le même rivage, et cherchant en vain, à force dévoiles et de rames, à gagner le même port? Ah! Je les reconnais! L’arbre de la croix leur manque[61]; leurs voiles, leurs croyances incohérentes, pendent en lambeaux le long des vergues brisées; leur gouvernail n'est plus qu'une foi d'aventure, l'Esprit-Saint ne les accompagne plus, Pierre ne les dirige pas, et Jésus-Christ ne les préside point. Je les reconnais à leur pénurie spirituelle, à la confusion qui y règne, à l'aquilon infernal qui les enveloppe, au choc des doctrines contraires qui les agitent, aux flots des honteuses passions qui les flagellent ; oui, je les reconnais : ce sont quelques ramassis d'hérétiques, qui osent bien usurper le nom d'Église se vanter d'être la barque sûre qui conduit les âmes au port de l'éternité[62]; ce sont ces barques qu'Isaïe (selon les Septante) a appelées barques de la mer, ou du siècle;ces Églises prétendues ne viennent, en effet, ni de Dieu, ni du ciel ; elles viennent des hommes ; sorties de la terre, nées du siècle et pour le siècle, elles périront avec le siècle.
Ces Églises se vantent, il est vrai, de prêcher aussi la vérité, le mystère de la croix évangélique; mais comment peuvent-elles compter sur l'arbre divin qu'elles ont elles-mêmes abattu? Ah ! C’est vainement qu'on s’arroge le privilège de prêcher les doctrines de la croix, quand on ne professe plus la foi du Crucifié[63]. C'est en vain qu'on fait acte d'existence et de prédication par le monde, dans la personne de soi-disant missionnaires,quand ceux-ci, hélas! au lieu de la vérité, répandent le mensonge; au lieu des vertus, sèment les vices; au lieu de l'amour du ciel, inspirent toujours plus vivement l'amour des choses terrestres, et sont plutôt les agents de la politique que de la religion, de l'avarice que de la charité, en multipliant les esclaves d'un pouvoir tout humain, au lieu de procurer la liberté des enfants de Dieu; en étendant les confins du royaume temporel d'une compagnie de marchands, au lieu de propager l'empire de Jésus-Christ. Ces Églises, en vérité, par une pareille propagande, sont comme des navires de pirates, armés et dirigés par Lucifer, le grand corsaire, l'homicide éternel ; elles perdent les âmes au lieu de les sauver, et, loin de les conduire au ciel, elles leur ouvrent les portes de l'enfer.
O barques malheureuses et funestes ! Privées de la vraie foi, répudiées par Jésus-Christ, elles vont de la sorte, sur la mer en furie du siècle, au caprice des vents et des tempêtes, jusqu'à ce que, usées, démantelées, rasées jusqu'à la carène, elles s'enfoncent une à une sous l'abîme mouvant, avec tout leur équipage, dans un naufrage éternel[64].
Toutefois, quelques-unes de ces barques infortunées, comprenant que les dangers encourus déjà ne sont que les avant-coureurs de périls plus grands encore, semblent renoncer à ce métier de pirate et chercher du regard la barque de Pierre : on dirait qu'elles l'ont aperçue de loin et qu'elles s'efforcent de l'atteindre, pour courber le front devant l'étendard de leur souverain légitime, Jésus-Christ, et faire route ensemble vers l'éternité.
O Angleterre ! C’est toi que j'aperçois là-bas, dans le lointain des flots! Oui, l'Église anglicane, autrefois si riche, et aujourd'hui si pauvre en vérités et en vertus, lasse d'être, depuis trois siècles, le jouet de Terreur, de ses passions et de ses tempêtes, cherche l'unité catholique, la barque de Pierre ; elle soupire après le moment où elle sera admise à sa suite et dans sa compagnie. Déjà elle a arboré le drapeau de détresse, elle appelle au secours; déjà un grand nombre de ses ministres ont relevé dans leur temple la croix et lui rendent un culte; déjà Ton s'y tourne vers l’étoile de la mer, l'espérance et le salut de ceux qui vont foire naufrage ; déjà l'on y expose l'image de Marie à la vénération publique, et les passagers de cette barque égarée, les protestants mêmes, les bras étendus implorent à grands cris les prières de la charité catholique, afin que le grand événement de la réunion s'accomplisse au plus tôt, Ah ! Encore un effort, barque désormais intelligente et sage, encore un dernier effort contre l'aquilon de 1 orgueil, le seul obstacle qui te retient, t'attarde sur le sillon de la barque de Pierre, dont tu n'es éloignée que de quelques pas! Et courage! Vois son pilote, le successeur de Pierre, qui dirige vers toi la proue du navire béni ! Il vient à ta rencontre ; il veut l’aider à surmonter les vents contraires, il abrège ta route. Ah! Encore un effort, et tu déposeras en sûreté, au sein de sa nacelle, tes passagers par là échappés au naufrage. Ne crains rien; il y a, sous les ponts solides, une vaste enceinte, des provisions suffisantes, des aliments pour tous ; et tous y trouvent et repos et bonheur. Ah ! Je t'en conjure, hâte-toi d'accourir à nous, pour continuer avec nous, dans la paix et la sécurité, le voyage vers le port de la bienheureuse éternité.
SECONDE PARTIE
Notre adorable Maître ne s'est pas contenté de représenter d'une manière sensible, par la barque de Pierre, l'unité de son Église, il a aussi figuré par elle la sainteté, l'une de ses marques exclusive. Or quel fut, en effet, le résultat de la pêche miraculeuse? Pierre n'hésite pas un seul instant à reconnaître Jésus-Christ pour l'auteur du prodige. Prosterné à ses pieds, il l'invoque, l'adore comme son Seigneur et son Dieu : quelle foi en lui! Il se reconnaît pécheur, homme charnel et, comme tel, indigne de rester un seul instant dans la compagnie du Sauveur: quelle humilité! Enfin, confus, mais rassuré, frappé de stupeur, mais pénétré de reconnaissance, mais impatient de montrer sou amour pour Jésus, le voilà qui quitte barque, filets, famille ; et, non content de sacrifier tout à son maître, il veut se donner à lui, devenir son serviteur et son disciple, bien décidé à vivre et à mourir à sa suite : quel amour !
Puis son amour, son humilité et sa foi se communiquent à ses associés; ceux-ci, à son exemple, font le même abandon, les mêmes promesses et adressent au Sauveur les mêmes adorations, en lui offrant les mêmes sacrifices[65].
Le bon Jésus ne se borne pas à sanctifier de la sorte Pierre, son disciple chéri; mais il lui donne de plus la mission de sanctifier les autres. En effet, ne lui adresse-t-il point ces paroles : « Jusqu'ici, tu as été pêcheur de poissons, mais désormais tu seras pécheurs d'hommes?» Or, ces paroles voulaient dire: Dès ce jour tu inspireras en mon nom la même croyance que ma grâce t'a inspirée ; tu prêcheras les vérités du salut aux enfants de la terre, et comme tu as rempli ta barque des poissons du fond de la mer, tu rempliras l'Église de fidèles arrachés à l'abîme de leurs vices, tu les formeras à la pratique des plus généreux sacrifices, de la sainteté la plus parfaite. Tout est donc saint dans cette barque fortunée : Jésus-Christ qui y préside est saint, la sainteté par essence; Pierre qui la guide est déjà saint ; les autres apôtres, en l'imitant, deviennent saints. Leur pêche enfin est sainte par sa signification mystique. Cette barque est donc l'école, le temple, le tabernacle de la sainteté ! Et, puisqu'elle représente l'Église, il s'ensuit que Jésus-Christ, dès cette heure, imprime à son épouse son propre sceau, ses propres armes, la sainteté en un mot, attribut nécessaire de la divinité. Dieu, en effet, n'est Dieu que parce qu'il est saint. Ainsi Jésus-Christ communique dès-lors à l'Église sa sainteté comme l'un des caractères le plus éclatant auquel on puisse la distinguer et la reconnaître.
Rappelons-nous, en effet, que Jésus-Christ a dit, dans l'évangile de ce jour : « Où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis au milieu d'elles[66]. » Or, le nom de Jésus signifie Sauveur. Etre réuni au nom de Jésus ou du Sauveur, c'est donc être réuni pour croire à la vérité et pour pratiquer la vertu qui sauve. Il n'en est pas ainsi des hérétiques, qui ne se sont constitués à part que pour professer librement l’erreur, pour favoriser l'ambition, l'orgueil, les sacrilèges, les incestes, les adultères et les rapines de leurs auteurs. C'est un fait écrit en caractères horriblement lumineux dans l'histoire des premiers auteurs de toutes les hérésies. Ils ont renié l'Esprit sanctificateur, la confession, la présence réelle, le célibat ecclésiastique, les vœux religieux, la stabilité du lien conjugal, les jeûnes, les mortifications, les pénitences, la nécessité de la prière et des bonnes œuvres. Ils ont proclamé la liberté de conscience, c'est-à-dire, ils ont fait la conscience libre de tout frein, de toute soumission, et ils l'ont autorisée à croire ce qu'il lui plaît et à vivre comme elle croit. Ils ne se sont, en un mot, séparés de nous que pour flatter les passions des grands et les instincts grossiers des masses ; et c'est uniquement à cette licence permise aux vices, à cette tutelle facile, à ce patronage honteux accordé, au nom de l'Évangile, aux passions humaines, qu'ils ont du leurs passagers succès. De la sorte, leurs Églises sont unies, non pour réformer les mœurs, mais pour les corrompre ; non pour encourager ln vertu, mais pour la bannir; non pour réprimer les vices, mais pour leur faire libre carrière. En un mot, ces tristes Églises n'existent point pour le salut des âmes, mais pour leur perte, pour leur ruine éternelle. Il est donc évident qu'elles ne sont pas réunies au nom du Sauveur, mais au nom du démon, l'ennemi, l'homicide éternel: non, Jésus-Christ n'est point, il ne peut être avec elles. Or comment, privées de la grâce, de la présence du Dieu principe et auteur de la sainteté, pourraient-elles être saintes?
Mais l'Église catholique persévère, depuis dix-huit siècles, à mériter la promesse écrite dans l'Évangile, la promesse de l'assistance de Jésus. Depuis dix-huit siècles, elle combat sans relâche les erreurs, le vice, les passions; elle propage la vérité, elle persuade de pratiquer la vertu ; en un mot, depuis dix-huit siècles, elle sauve les âmes. Elle seule est donc réellement unie dans le nom du Sauveur; c'est pourquoi Jésus-Christ, selon sa promesse, se trouve en elle et avec elle. Comment alors, puisqu'elle est unie à Jésus, possédée, présidée par lui, comblée, inspirée par sa grâce, sa sainteté, comment ne serait-elle pas sainte ?
Puis, disons-le, parmi les auteurs de schismes, les fabricateurs d'hérésies, il n'y en a pas un seul auquel on puisse donner le nom d'honnête homme; oui, pas un seul ! Ils furent tous, sans exception (leur histoire le dit assez), des hommes de péché; ils furent tous des monstres d'ambition, d'avarice, de luxure et de cruautés. Comment serait-il donc possible que leurs Églises fussent saintes? Dans la seule Église catholique, évidemment, la prédication de l'Évangile, commencée par les apôtres, a été continuée sans interruption des évêques, des missionnaires, pour la plupart irréprochables, envoyés dans le monde par les Souverains Pontifes, dont le caractère et la mission ont donc toujours été en rapport avec la sainte doctrine de Jésus-Christ. Or, comme saint Paul l’a dit, des principes saints produisent des effets saints, comme une racine saine porte des rameaux vigoureux.
Mais les faits, ici, confirment unanimement la logique. Voyez la Grèce, la Germanie, l'Angleterre : aussi longtemps que ces contrées restèrent unies à la racine de l'Église, qui dispense le suc de la sainteté, Ton vit fleurir dans leur sein des hommes illustres par leurs vertus, des saints de tout âge, de toute condition, de tout sexe, qui ont fait la gloire de la religion et l'admiration du monde ; tandis qu'une malédiction visible a frappé les peuples hérétiques. Horriblement féconds pour le vice, ils sont d'une stérilité radicale pour la vertu. Ils n'ont pas donné, et ils ne le pouvaient, un seul saint à la terre. En renonçant au symbole de la vraie Église, ils ont clos leur Martyrologe. Ils ont perdu, avec la foi, jusqu'au nom même de la sainteté. Ils ne citent que des honnêtes hommes parmi eux; jamais ils ne parlent des saints, qu'ils ne peuvent produire, qu'ils n'espèrent point.
Dans tous les temps, au contraire, et dans tous les lieux, les pays catholiques voient surgir ces derniers dans leur sein, à la confusion des vicieux, à l'étonnement de l'univers; ils enfantent des âmes vraiment sublimes, héroïques, de vrais saints, dont ils parent, enrichissent leur Martyrologe. L'esprit de Pierre et des apôtres n'a jamais faibli dans la barque où Jésus- Christ est monté et où il s'est assis. Les mômes prodiges de vertu se répètent chaque jour. Journellement, l'on voit des hommes de tous les âges, de tous les états, de toutes les conditions et de tous les sexes, renoncer aux douceurs, aux espérances, à tous les biens du monde, pour suivre Jésus-Christ dans la pratique de la perfection évangélique, afin de vivre avec lui et de mourir généreusement pour lui[67].
Et, tandis que les Églises séparées sont toutes plus ou moins tarées leurs leurs principes, leur morale et leur mission ; tandis que leur corruption a quelquefois débordé jusque sur les contrées catholiques, l’on voit, dans notre Église, manifestement resplendir le caractère auguste de la sainteté ; on la voit régner en souveraine sous cette glorieuse auréole, aux yeux ravis du monde, par la vertu de Jésus-Christ, dans laquelle elle opère toutes ses œuvres. En un mot, elle est sainte dans sa fin. Dieu, vers qui convergent toutes ses puissances; elle est sainte dans la majeure partie de ses pasteurs; elle est sainte dans la multitude des membres qui la composent ; elle est sainte dans la foi qu'elle professe ; elle est sainte dans les sacrements qu'elle administre ; elle est sainte dans les lois qu'elle impose ; elle est sainte dans les sacrifices qu'elle inspire ; elle est sainte dans les œuvres qu'elle persuade ; elle est sainte, enfin, dans les récompenses quelle attend; et, par suite de cela, elle est seule la barque de Pierre, la véritable Église de Jésus-Christ.
De là découle pour nous tous, ses heureux enfants, l'obligation d'être saints. Si nous devons croire l'unité, la catholicité, l'apostolicité de l'Église, nous devons encore pratiquer sa morale. Non, mes frères, il ne suffit point, pour être ses membres vivants, de bien croire, il faut encore bien vivre. Il ne suffit point de la reconnaître, de s'en faire gloire en parole, il faut encore l'honorer par les œuvres. Ce n'est pas assez d'en partager les doctrines, il faut, de plus, avoir son esprit : il faut être humble par le cœur, chaste de corps, détaché du monde, sévère envers soi-même, charitable pour le prochain, religieux, dévot, aimant Dieu; sinon, nous ne lui appartiendrons pas, nous ne lui serons pas unis comme il convient; car ses membres, à ce corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, ne sont véritablement tels que par la grâce, en un mot, par leur sainteté. Autrement, on est du corps et non de l'esprit de l'Église; on est catholique de nom, quant à la profession extérieure de la foi devant les hommes; mais, dans le cœur, on est schismatique, on est séparé du Christ. Or, il ne nous servira de rien d'avoir été pris dans les filets de la barque divine, si nous ne lui restons pas unis par les liens de la charité. Si nous parais-sous appartenir aujourd'hui à l'Église militante, demain nous ne serons pas moins exclus à tout jamais de l'Église triomphante.
Ah! Mes frères, ne rendons pas inutile la grâce si particulière que Dieu nous a faite en nous faisant, naître dans l'Église catholique! Que notre vie soit sainte, comme notre foi est sainte, et notre mort sera sainte et précieuse aux yeux de Dieu[68].
[1] Saint Pierre, saint André, saint Philippe, saint Jacques, saint Jean et plusieurs autres, qui s'étaient déclarés disciples du Sauveur, le reconnurent pour le Messie et pour vrai Dieu au miracle du changement de l'eau en vin, aux noces de Cana: Et crediderunt in eum discipuli ejus; toutefois même après cet événement, ils restèrent simplement disciples de Jésus-Christ et ses auditeurs les plus assidus, pour autant du moins que le permettaient leurs occupations journalières et leur condition. Cependant le Sauveur, voulant faire ses apôtres de quelques-uns d'entre eux, les appela à sa suite d'une manière toute particulière. Saint Matthieu et saint Marc racontent en abrégé cette vocation par rapport à Pierre, à André, à Jacques et a Jean, se contentant de dire qu'elle eut lieu sur la mer de Tibériade, où ces quatre disciples étaient occupés a la pèche. Saint Luc, de son côté, raconte dans toutes ses circonstances le miracle de la pêche qui la précéda. Il fout donc, comme l'interprète nous en prévient, suppléer avec saint Luc ce que saint Matthieu a passé sous silence, si nous voulons avoir l'histoire complète de ce prodige. On lit la narration de saint Matthieu h la messe du jour de saint André, apôtre ; celle de saint Luc, à la messe du IV* dimanche après la Pentecôte. Mais, comme il s'agit ici de la pêche miraculeuse, par rapport principalement à la barque de Pierre, sur laquelle elle fut faite, ou à l'Église, nous dirons aussi quelque chose de cette seconde pèche, dont parle saint Jean, parce qu'elle a des rapports avec le même mystère. — On lit cet évangile le mercredi après Pâques?— Le miracle de la première pêche, dont on parle principalement ici, arriva la première année de la prédication de Jésus-Christ, la trente-unième de son Age, sur la fin de février, qui précéda immédiatement la seconde pâque depuis qu'il avait reçu le baptême de saint Jean, et après avoir converti l a Samaritaine, guéri le fils du petit roi, et après avoir opéré plusieurs autres miracles à Gapharaaum et prêché dans toute la contrée.
[2] Finis legis Christus est (Rom. x).
[3] Ecclesia Dei vivi, colunmn et firmamentum veritatis(f Tim. III)
[4] Totius hujus facti ordo, quid quotidie in Ecclesia geratur ostendit (In Luc).
[5] Cum convertantur ad Dominum, auferetur velamen(/i Cor.III)
[6] Il ne faut pas oublier que le célèbre prédicateur prêchait dans la basilique du Vatican, par conséquent sous les yeux du Vicaire de Jésus-Christ, de l'Église même. Le lecteur a déjà compris de quelle autorité sont revêtues les vérités qu'il proclame si éloquemment. Que ces prédicateurs prudents, si réservés, quand il s'agit d'annoncer aux fidèles les privilèges et les gloires de Pierre et de l'Église, ne l'oublient jamais ! Le Père Ventura, dans les discours qui suivent et qui sont peut-être les plus beaux qu'il ait jamais prononcés, nous donne un admirable modèle d'exposition des vérités sur l'Église catholique. Puisse-t-il trouver beaucoup d'imitateurs! Qu'on nous permette de le dire: l'ignorance de ces vérités, occasionnée par une prudence toute humaine, a fait un mal immense. On le verra dans ces discours : les Pères de l'Église n'ont plus été nos modèles; nous avons cru devoir être plus sages que ces grands savants, sinon en laissant la lumière sous le boisseau, du moins en évitant de la présenter au peuple chrétien dans toute sa clarté, afin de ne pas éblouir des yeux habitués aux ténèbres! Et la parole de Dieu, devenue la nôtre seulement, a perdu sa divine efficacité pour devenir un airain, retentissant, plus ou moins au gré des mondains.
[7] Neque solum enim in agendo mirabilis fuit; sed visus ejus abundat plurima gratia (Hom.).
[8] Certe fulgor et majestas divinitatis occultae etiam in humana facie relucebat (Corn, in rx Matth,).
[9] Ce lac était situé près de la ville de Capharnaûm, dont on a déjà, parlé ; l'Évangile, à cause de son étendue, lui donne aussi le nom de mer, et de mer de Galilée, parce qu'il baignait une grande partie de cette province. On l'appelait aussi mer de Tibériade, à cause du voisinage de la ville de Tibéria, qu'Evode avait fait bâtir à l'honneur de l'empereur Tibère, qui régnait alors.
[10] Cum turbae irruerent in eum, ut audirent verbum Dei, et ipse stabat secus stagnum Genesareth (Luc. v, 1).
[11] Vidit duas naves stantes secus stagnum. Piscatores autem descenderant, et lavabant retia. Ascendens autem in unam navem, quoe erat Simonis, rogavit eum a terra reducere pusillum ; et sedens, docebat de navicula turbas (Luc. v, 2, 3).
[12] Proeceptor, per totam noctem laborantes, nihil cepinius; in verbo autem tuo laxabo rete (Luc. v, 5).
[13] Et cum hoc fecissent, concluserunt piscium multitudinem copiosam; rumpebatur autem rete eorum. Et annuerunt sociis, qui erant in alia navi,ut venirent et adjuvarent eos. Et venerunt, et impleverunt ambas naviculas, ita ut pene mergerentur (Luc. loco cit.).
[14] Qui ante nihil ceperant, magnam in verbo Domini conclu-dunt piscium multitudinem (Corn.).
[15] On connaît ce que saint Antoine de Padoue fit à Rimini : comme les habitants ne voulaient point l'écouter, ce saint appela les poissons de l'Adriatique, et ils accoururent en foule pour l'entendre (Histor.).
[16] Quia vox Verbi, Verbi semper virtutis est (Caten.).
[17] Stupor circumdederat eum, et omncs qui cum illo erant in captura piscium, quam ceperant {Luc. 9).
[18] Quod cum videret Simon Petrus, procidit ad genua Jesu,di-cens : Exi a me, quia homo peccator sum, Domine (Luc. v, 8).
[19] Quod Petrus in verbo Christi cepit, negat suum munus esse, quia ait : Homo peccator sum.
[20] Et ait ad Simonem Jésus: Noli timere; ex hocjamhomines eris capiens (Luc. v, 10). Venite post me : faciam vos fieri piscatores hominum (Matth. IV, 19).
[21] Relicto pâtre suo Zebedseo, cum mercenariis in navi (Marc, i, 20).
[22] Et subductis ad terram navibus, relictis omnibus, secuti sunt eum (Luc. v, 11).
[23] Per piscatoria mysteria piscatur discipulos (Corn.).
[24] Condescendens hominibus, sicut magosper sidus, ita piscatored por piscatoriam artem vocavit (Caten.),
[25] Mare est mundus, pisces ii qui per hanc enatant vitam (Com.).
[26]Per rete designatur proedicatio, quia rete diversis nodis texitur : simiiiter et sermo diversis sententiis adornatur (Com.).
[27] Retia evangelia sunt, quorum sententiis capiuntur et iUa-queantur fidèles animae. — Quasi retia piscantium sunt dictiones proedicantium, quoe eos, quos ceperint, in fide non amittunt : unde retia, quasi a retinendo sunt vocata (Com.).
[28] Exponit ipse Dominus quid hsec piscium captura significet : quod videlicet Petrus, sicut nunc per retia pisces, sic aliquando per verba hommes esset capturus (Com.).
[29] Turbarum conventus ad eum, gentium in fide concurren-tium typus est (Loco cit.)
[30] Bene Jésus vidisse naves perhibetur, quia in utroque populo novit Dominus qui sunt ejus (Ibid.).
[31] Navis Simonis est Ecclesia primitiva (Loco cit.)
[32] Multitudinis autem credentium erat cor unum et anima una (Act. Âp.).
[33] Alia navis est Judoea, ex qua Joannes et Jacobus eliguntur. Hi ergo de Synagoga ad navem Pétri, id est ad Ecclesiam conve-niunt (Com.).
[34] Ecclesia una est, quoe in multitudinem latins incrément o fecunditatis extenditur : quomodo solis multi radii, et unum lumen ; et rami arboris multi, sed robur unum, tenaci radice fundatum (De Unitat. Eccl.).
[35] Cela s'est littéralement réalisé encore une fois de plus, même de nos jours, quand, à un seul signe du Saint Père, le pape Pie IX, tous les évêques du monde catholique sont accourus à Rôme et ont répondu à son appel pour proclamer le dogme de l’immaculée conception de la sainte Vierge.
[36] Venerunt socii, qui erant in alia navi, quia ex omnibus Ecclesiis episcopi et sacerdotes convenerunt in unum ; veritatem assernut, haereticos damnant (Theoph., Expos.).
[37] Omnes in sanctoe Ecclesioe uavicula cum Domino per hune mundum supernatamus (Orig., Hom. 6 ) .
[38] Hanc solam Ecclesiae navem ascendit Dominus, in qua Petrus magister est (Serm. 11).
[39] Super hanc petram redificabo Ecclesiam (Matth. xvi, 18).
[40] Curam omnium ovium tum Petro, tum Pétri successoribus committebat (Lib. II de Sacerd.)
[41] In uuamquamque gentem praeposuit rectorem (Eccli,).
[42] Ut sint unum, sicut et ego et tu unum sumus (Joan.).
[43] Ascendit super unam navem, et haie erat Simonis.
[44] Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem soeculi.
[45] Pro Christo legatione fungimur, obsecrantes vos.: raconciliamini Deo ( II Cor. v).
[46] De navicula Pétri docebat turbas, id est de auctoritate Pétri, hoc est Ecclesioe, docet gentes (Com.).
[47] Intravit in naviculam Simonis, et ex ea docebat, ut intel-ligeremus in ea tantum Ecclesia esse et docere Christum, cujus gubernator est Petrus (Controv. de Sum. Pont., lib. II, c. xx),
[48] Quando evangeliuin Matthaei, Marci, Luoae, Joannis ab episcopo, aut a presbytèro praedicatur, Christus docet de auctoritate Pétri, id est de magisterio primitivae Ecclesiae (Expos.).
[49] Tu es Petrus. et super hanc petram aedifîcabo Ecclesiam meam (Matth. xvi, 18).
[50] Vocatur petra, atque Ecclesioe fundamenta fidei suoe crédita habet (Orat. de Moder. serv.).
[51] Super banc petram aedificabo Ecclesiam meam, id est super fundamentum tuum Ecclesioe columnae, id est episcopi, sunt confirmatae (Apud Bellarm., loco cit.).
[52] Manifestant est, etsi non exprimitur, quod nec adversus Petrum portoe inferorum proevalere poterunt; nam si proevalerent adversus Petrum, in quo fundata est Ecclesia, jam contra Ecclesiam proevalerent (Orig., Hom. in Mat th. xvi).
[53] Rogavi pro te, Petre, ne deficiat fides tua. Et tu aliquando conversus, confirma fratres tuos (Luc.xxu).
[54] Pro fide Pétri proprie supplicatur, tanquam aliorum status certior futurus, si mens principis victa non fuerit (Serm. 3 de sua Assumpt.).
[55] Si diligis me, pasce agnos meos, pasce oves meas (/oan.xxi, 16).
[56] Petrus, qui in propria sede vivit et praesidet, praestat quaerentibus fidei veritatem (Epist. ad Euthyc.)
[57] In illum ordinem episcoporum, qui ducitur ab ipso Petro, etiamsi quisquam traditor irrepsisset, nihil praejudicaret Ecclesiae et innocentibus Christianis, quia Deus providens ait de praepositis malis : « Omnia quaecunque dixerint vobis facite; secundum autem opéra eorum nolite facere; » ut certa sit spes fidelis, •quoe non in homine, sed in Domino collocata, nunquam tempestate sacrilegi schismatis dissipatnr (Epist. 36 ad Gener.}.
[58] Rorna ab antiquis temporibus habet rectam fidem, et semper eam retinet; sicut decet urbem, quae toti mundo praesidet, semper de Deo integram fidem habere (Garrm. de vita sua).
[59] Apud Romanos non potest accessum habere perfidia (Lib. I, Ëpist. ni).
[60] Non dubium est navem ipsam Ecclesiam figurasse, secundum quod per Salomonem de ea Spiritus Sanctus loquitur, dicens ; «Facta est quasi navis institoris de longe portans panem suum.» Quae navis, id est Ecclesia, praedicationis verbo ubique discurrit ; portans secum magnum et inestimabile pretium, quo omne genus humanum, vel potius totum mundum sanguine Christi mercata est. — Navigat instructa fidei gubernaculo, felici cursu, per hujus saeculi mare, habens gubernatorem Deum, navigantes apostolos, rémiges angelos, portans choros omnium sanctorum ; erecta in medio ipsius salutari arbore éructe, in qua Evangelicae fidei vela suspendens, fiante Spiritu Sancto, ad portum paradis et securitatem quietis aeternae perducitur (Expos.).
[61] Les modernes hérétiques ont presque tous renouvelé les sacrilèges des Iconoclastes : ils ont aboli non-seulement le culte des saints, mais encore celui du Saint des Saints. Dans leur zèle infernal, ils n'ont pas même épargné le signe auguste de la rédemption, la croix, qu'ils ont partout abattue!
[62] Sunt collectiones haereticorum, quae sibi hujus nomen Ecclesiae vindicant. — Has naves maria Isaias dicit, quia hujusmodi Ecclesiae non Dei sunt, sed saeculi (Ibid.).
[63] Quae, licet habere in se praedicationem dominicae crucis videantur, invalidam tamen hanc ejus arborem ostendunt; quia ubi non est veritas fidei, infirma crucis assenio est (Ibid.).
[64] Et ideo hujusmodi naves, quoe gubernari a Christo Domino non merentur, amisso verae fidei gubernaculo, dominantinus adversis spiritibus, in naufragium aeternae mortis demerguntur (Ibid.).
[65] Et subductis ad terram navibus, relictis omnibus, secuti sunt eum
[66] Ubicunque fuerint duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum ego in medio eorum (Matth. XVIII).
[67] Et subductis ad terrain navibus, relictis omnibus, secuti sunt eum (Ibid.).
[68] Pretiosa in conspectu Domini mors ejus (Ps. CXXV)